XVI. LE CHANTRE DI^KTHÉDRALE AU VILLAGE
Maître chantre à la cathédrale De l'antique cité qui vit sacrer nos rois, Portai, ayant en poche un congé de deux mois. Gagnait gaîment à pied sa bourgade natale.
Dans un pauvre village en passant vers le soir. Il entendit chanter les vêpres à l'église.
« Je veux de mon ténor essayer le pouvoir
l'JO FABLES.
Sur ces manants, dit-il ; je jouirai do voir
Les doux transports de leur surprise ; Et chantres et bedeaux bientôt, j'en ai l'espoir,
Fiers qu'avec eux je fraternise, Le verre en main, rendront hommage à ma maîtrise. * Disant ces mots il entre et, sûr d'être vainqueur,
our mieux goûter sa gloire, il se tient loin du chœur, il commence d'abord d'une voix presque éteinte,
Puis, par degrés la renforçant.
Il déploie à la lin, dans cette étroite enceinte, Les immenses ressorts de l'organe puissant,
Tant admiré par les fidèles.
Quand, dans la mék*opole, aux fêtes solennelles.
Il domine tous ses rivaux.
Et du temple gothique ébranle les vitraux.
Aux accents inconnus de la voix formidable.
Le rustique auditoire est frappé de stupeur ;
Les clercs du lutrin, qu'elle accable.
Restent la bouche ouverte et tremblent de fureur. A sa fougue Portai cependant s'abandonne :
Tantôt, rival de l'orgue, il mugit sourdement. Tantôt, comme l'orage, il grolM éclate, tonne ;
On croit ouïr l'ange qui sMme
La trompette du jugement.
Mais le lutrin, remis de son étonnement.
Retrouve tout à coup la voix et le courage.
Et contre l'ennemi pousse un long cri de rage ; Tous les bons paroissiens, hommes, femmes, vieillards, Se lèvent en tumulte, et cherchent dos regards
Quel peut être le téméraire Qui vient du Dieu de paix troubler le sanctuaire.