XXIII. L'HABIT D'ARLEQUIN
Arlequin, mes amis,'"venait d'avoir'quatre ans. Vif, d'humeur enjouée et de mine gentille, C'était un vrai prodige aux yeux de ses parents ;
Et l'on songeait dans la famille A lui faire quitter son cotillon de fille,
UÔ FABLES.
Pour la culotte courte et l'habit de garçon.
Ce changement était pour toute la maison,
— Grand-papa, père, mère, tante, — Un grave événement, une affaire importante.
« De mon pourpoint de noce il me reste un morceau,
Dit l'aïeul, et je m'imagine
Qu'en veste et culotte ponceau,
Notre espiègle aura bonne mine. »
Le père préférait un habit de drap bleu, De la mère un vert tendre eût mieux rempli le vœu ;
Vieille et sentimentale fille, La tante soutenait que la couleur jonquille Était plus convenable à son joli neveu.
On discute, on s'obstine ; et le bon de l'affaire, C'est que, de son dessein voulant venir à bout, Chacun porte au tailleur l'étoffe qu'il préfère.
L'artisan, pour les satisfaire.
Prélève à son profit les trois quarts sur le tout. Les tailleurs sur ce point ne se font pas scrupule. Le nôtre, qui passait pour le roi des voleurs. De morceaux découpés et de quatre couleurs
Fit un vêtement ridicule.
Mais des parents fort admiré, Chacun d'eux y trouvant la couleur à son gré.
Je n'aime pas la bigarrure :
Dans les lois, dans les arts, dans les choses de goût, Aussi bien que dans la parure, L'unité me plaît avant tout.