‹ FablesChapitre 116 sur 172 · I. L'ANNEAU DE POLYCRATE · texte numérisé non relu

I. L'ANNEAU DE POLYCRATE

Des terrasses de son palais, Promenant ses yeux satisfaits Sur Samos, son île féconde, Au roi d'Egypte il disait : « Vois, Ce beau pays est sous mes lois, Sais-tu roi plus heureux au monde ?

— « Les dieux ont béni tes travaux :

Tes sujets, jadis tes égaux,

Vivent soumis à ton empire ;

Mais il te reste un ennemi,

Et tu n'es heureux qu'à demi

Tant qu'à ta perte un seul conspire. »

Le roi d'Egypte encor parlait, Un héraut, venu de Milet,

Devant Polycrate s^arrôte :

« Conduis l'hécatombe à Tautel, Prince, et pour ton front immortel Qu'un laurier triomphal s'apprête.

Ton ennemi n'existe plus ;

A ton général Eumélus

Milet s'est soumise et t'implore. »

Et, soulevant un voile noir.

Au roi qui recule, il fait voir

Une tête qui saigne encore.

Et l'autre roi, plein de stupeur.

Dit : « A confesser ton bonheur

Ma bouche ne peut se résoudre ;

Le sort a des retours amers :

Ta flotte erre encor sur les mers,

Crains les flots, les vents et la foudre. »

Mais soudain mille cris joyeux Du port s'élancent vers les cieux.

Et la flotte apparaît au large ; Comme une forêt, sur les eaux S'avancent les mâts des vaisseaux.

Qu'un immense butin surcharge.

« Pour toi ce jour est fortuné,

Dit l'hôte royal étonné.

Mais ailleurs un danser se montre :

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