I. L'ANNEAU DE POLYCRATE
Des terrasses de son palais, Promenant ses yeux satisfaits Sur Samos, son île féconde, Au roi d'Egypte il disait : « Vois, Ce beau pays est sous mes lois, Sais-tu roi plus heureux au monde ?
— « Les dieux ont béni tes travaux :
Tes sujets, jadis tes égaux,
Vivent soumis à ton empire ;
Mais il te reste un ennemi,
Et tu n'es heureux qu'à demi
Tant qu'à ta perte un seul conspire. »
Le roi d'Egypte encor parlait, Un héraut, venu de Milet,
Devant Polycrate s^arrôte :
« Conduis l'hécatombe à Tautel, Prince, et pour ton front immortel Qu'un laurier triomphal s'apprête.
Ton ennemi n'existe plus ;
A ton général Eumélus
Milet s'est soumise et t'implore. »
Et, soulevant un voile noir.
Au roi qui recule, il fait voir
Une tête qui saigne encore.
Et l'autre roi, plein de stupeur.
Dit : « A confesser ton bonheur
Ma bouche ne peut se résoudre ;
Le sort a des retours amers :
Ta flotte erre encor sur les mers,
Crains les flots, les vents et la foudre. »
Mais soudain mille cris joyeux Du port s'élancent vers les cieux.
Et la flotte apparaît au large ; Comme une forêt, sur les eaux S'avancent les mâts des vaisseaux.
Qu'un immense butin surcharge.
« Pour toi ce jour est fortuné,
Dit l'hôte royal étonné.
Mais ailleurs un danser se montre :