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LIVRE V

Bientôt de curieux un cercle s'est formé,

Et les sots quolibets ne se font pas attendre.

« Ce beau cheval ailé vaudra gros, disait-on,

Quand voyager en l'air deviendra de bon ton ;

Mais gare, en attendant, qu'il n'échappe à ta garde.

Bonhomme ! » Un gros fermier à la fin se hasarde.

« Le cheval, disait-il, est robuste et bien fait.

Sauf ces ailes qui font un assez triste effet ;

Mais on peut les lier, les raccourcir peut-être,

Et si pour vingt écus... — Marché conclu, mon maître !

Dit le poëte à jeun, qui lorgne un cabaret. »

Le fermier, curieux d'éprouver son emplette.

Attelle sur le champ Pégase à sa charrette ;

Mais le coursier divin s'élance comme un trait.

Et du char fracassé bientôt se débarrasse.

• Oh I se dit maître Jean, quelle ardeur ! Il suffit.

Je sais un bon moyen do la mettre à profit :

En tête d'un convoi dès demain je le place.

Vigoureux comme il est, il peut sans grand effort

Tirer autant que trois ; puis l'âge Finira par calmer cette fougue sauvage. »

Ce qu'il dit, il le fait : tout marche bien d'abord ; Devant deux limoniers Pégase tire fort.

Et son élan rapide entraîne l'équipage.

Mais bientôt, par instinct tournant toujours les yeux

Vers les libres sentiers des cieux.

Loin des chemins battus il se jette, il s'égare ; Une égale fureur des deux chevaux s'empare :

N'écoutant plus la voix, ne sentant plus le frein, Us franchissent fossés, ravins, à fond do train, D'une roche escarpée escaladent la cime.

Et s'arrêtent enfin sur le bord d'un abîme.

« Diable! dit maître Jean, de plus mal en plus mal.

Il faut pourtant dompter ce terrible animal ;

Peutr-être à la charrue il sera plus docile :

Le soc, en s'enfonçant dans un sol difficile.

Modérera sa course ou plutôt son essor ;

Risquons donc cette épreuve encor. »

Mais d'abord, pour calmer sa grande véhémence, Jean condamne Pégase à trois jours d'abstinence ; Puis, quand à l'état d'ombre il l'a presque réduit. Il le met sous le joug auprès d'un bœuf énorme. Risible accouplement, attelage difforme !

Celui que pour voler la nature a produit, Au pas pesant d'un bœuf on veut qu'il se conforme ! C'en est trop cette fois : le coursier d'Apollon Tombe enfin de douleur au milieu du sillon ; Il tourne ses regards vers les champs de lumière. Et, bravant du brutal les cris et l'aiguillon. Demeure obstinément couché dans la poussière. « Hélas ! s'écria Jean, je le prévoyais bien I Je n'ai fait de ma vie une plus triste emplette, Ce maudit animal vraiment n'est propre à rien. »

Propre à rien ! . . . Que de gens le disent du poëte !

XVm. LE PIGEON ET LA GIROUETTE.

Un pigeon sur son toit dit à la'girouette :

Le vent te fait mouvoir,. mais tu ne le suis pas,

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