VI. LE CHASSEUR ET LE CHIEN
Longtemps fameux par son audace, Fox, qui commençait à vieillir, Sentait ses forces défaillir.
Un jour, triste et la tête basse.
Il suivait son maître à la chasse.
Quand soudain du fond d'un hallier Sort un énorme sanglier.
L'ardeur du vieux chien se révBille ; Sur le monstre il fond hardiment.
Et le saisit par une oreille ; Mais ce fut l'effort d'un moment :
Ses dents le trahissent ; il lâche Le sanglier qui disparaît ; Et le chasseur, dans son regret, Bat le chien qu'il traite de lâche.
« Lâche ! non; tu me juges mal, Lui répond le pauvre animal ; Ne vois-tu pas que la vieillesse Glace mes membres engourdis !
Ah ! n'accuse pas ma faiblesse.
Rappelle-toi plutôt ce que je fus jadis. »
VIL LE PAON ET LE œRBEAU.
Sous riche plume orgueil habite :
Un paon, stupide autant que beau, Un jour, à voler au plus vite Osa défier le corbeau.
Déployant son aile puissante, Le corbeau soudain prend son vol ; Mais du paon la'masse pesante Peut à peine quitter le sol.
Reconnaissant donc, plein de rage, Le tort qu*il eut de parier, Le sot i recours à Toutrage, El de loin se met à crier :
« Pour te voir, ma foi, je m*arr6te; Quel triste oiseau tu fais, mon cher !
Si c*est là ton habit de fôte.
Il n*a pas dû te coûter cher.
Lâche brigand, voleur sans âme.
Qui de cadavres te repais.
Tu fais bien de t^enfuir... infâme, Rentre au bois et me laisse en paix I
— A quel propos ce vain ramage.
Dit le corbeau ? Tu sais fort bien