‹ FablesChapitre 162 sur 172 · LIVRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE VI

Amant de Tombre et du mystère, Un rossignol commence alors A réveiller par ses accords Les échos du bois solitaire.

Or, voici qu'un vilain hibou, Sortant du tronc pourri d'un chêne, Vint lui dire : « Tu perds ta peine ; Chanter, quand tout dort I Es-tu fou ?

A ta complainte poétique Fais trêve, ô mon pauvre chanteur :

Tu n'as que moi pour auditeur.

Et je n'aime pas la musique. »

Mais du Pindare ailé des bois L'accent devint plus vif encore ; Il modula jusqu'à l'aurore Les sons enchanteurs de sa voix.

Il n'en fallait pas moins, je pense, Pour prouver au hibou moqueur Que l'art, douce extase du cœur.

Porte avec lui sa récompense.

Page 1