LIVRE VI
Un temple se présente, et sous le péristyle Un pauvre mendiant qui n'avait pas de pieds, S'ofihre à ses yeux ; d'horreur il demeure immobile :
Ses propres maux sont oubliés ; Il ne murmure plus contre la Providence,
Il reconnaît son imprudence, Et près du malheureux, dont il serre la main. Il s'agenouille, il prie... et reprend son chemin.
En voulant trop prouver, me dira-t-on peut-être.
Cet exemple ne prouve rien.
Je suis prêt à le reconnaître :
Un malheur plus grand que le sien
Pour un instant avait pu faire Que le pauvre Sadi sentit moins sa misère, Sans qu'il en résultât que son mal fût un bien. À part ceci, l'aspect d'un malheur véritable D'un mal imaginaire est propre à nous guérir.
Propre encore à nous aguerrir
Aux coups d'un destin supportable.
Que de gens en effet seraient moins malheureux.
S'ils regardaient au-dessous d'eux !