LIVRE VI
Contemple avec effroi ce témoin de la mort.
Mais voilà qu'un matin, ô surprise I ô n^erveille ! L'insecte inanimé tout à coup se réveille :
De la cocpie, linceul impur, Un papillon, brillant d'or, de nacre et d'azur. Lentement se dégage, et dans les airs s'élance.
Sur les roses il se balance, Il y puise, un moment, la rosée et le miel; Puis, bientôt dégoûté de ces fleurs périssables, Il dirige son vol vers les plaines du ciel.
Et franchit de l'Éden les murs infranchissables. Eve le suit des yeux et dit : « mon époux.
J'en crois la sainte voix qui dans mon cœur résonne, Le Dieu qui nous punit, c'est le Dieu qui pardonne. S'il nous chassa d'Éden, dans son juste courroux, Tout espoir d'y rentrer n'est pas perdu pour nous : Quand l'ange de la mort, fermant notre paupière, De l'instant solennel viendra nous avertir, Quittant d'un corps souillé la dépouille grossière,
Sur les ailes du repentir Nous remonterons purs au séjour de lumière. »
Sans doute il vous souvient, lecteur, de ce bien-être Qu'en voyageant à pied, l'on goûte quelquefois. Par un temps lourd d'automne, aux approches d'un bois. Quand un air frais et vif tout à coup vous pénètre.
On ne sent plus alors le besoin de repos,
Le pas est plus léger, Tesprit est plus dispos,
On respire à son aise, on est heureux de vivre.
Même effet se produit, quand on lit un bon livre :
Des pages que Ton tourne, il monte par moment
Gomme un souffle imprégné de la senteur des chéneB,
Souffle pur qui, bien loin chassant ennuis et peines,
Rend le front plus serein et le cœur plus aimant.
Que je serais heureux si j*avais su produire
En vous, ami lecteur, en vous, lectrice aussi,
Vous dont la sympathie est mon plus cher âouci,
La saine impression que je viens de décrire;
Si j'avais su, non pas dans vos âmes graver,
— Car ils y sont tracés par un burin suprême, —
Mais en vous seulement réveiller, raviver
Le sentiment si doux qui fait que Ton s*entr*aime,
L*amour de ce bonheur que Ton porte en soi-même,
L'espérance en la vie au-delà du tombeau,
La passion du bien, la passion du beau,
Puis une autre vertu, trop rare dans Tusage,
La modération, ce bon esprit du sage
Qui croit que la partie est préférable au tout,
Et que pour le bonheur peu vaut mieux que beaucoup.