LIVRE I
Ne puise que du miel aux fleurs de la science, Et du railleur cruel fuis les honteux succès.
XVm. LA FERMIÈRE ET SON FILS.
La neige au loin couvre la terre.
Une coii)eille en main, dans sa cour solitaire, La fermière Babet sort, en criant : « Petits,
Venez, petits, petits, petits ! »
Et poules et poulets, du fond de la retraite
Où le froid les tenait blottis.
D'accourir, le coq à leur tête.
Un malheureux moineau, qui sur le bord des toits Se tenait tout transi, triste et faisant la boule. Se hâte aussi de descendre à sa voix.
Et, se glissant parmi la foule,
Il prend sa part du menu grain Que la fermière jette à poignée. Une poule
Voit cet intrus d'un œil chagrin :
De tant d'audace elle s'étonne
Et, dans sa colère gloutonne,
A coups de bec elle éconduit
Le chétif oiseau qui s'enfuit.
« Attends, attends, maudite bète, Dit l'enfant de Babet, qui jouait dans la cour ; Battre ainsi ce moineau I je ne sais qui m'arrête
Que je ne te chasse à mon tour :
A tes moindres besoins quand ma mère qui veille, Pour toi deux fois par jour vide ici sa corbeille,
Sur ton repas accoutumé Laisse au moins quelques grains à ce pauvre affamé.
— Bien 1 Nicolas, reprit la mère ;
Que je t'embrasse, mon garçon !
Pour la faiblesse et la misère Conserve ainsi toujours un cœur sensible et bon : Quand tu succéderas aux travaux de ton père,
A tout ramasser dans ton champ Garde-toi de montrer un soin trop diligent :
Laisse aux orphelins, à la veuve,
Quelques épis à râteler. »
Cette morale n'est pas neuve.
Mais elle est bonne à rappeler.