‹ FablesChapitre 59 sur 172 · I. LA PIE ET LE RAT · texte numérisé non relu

I. LA PIE ET LE RAT

Un antiquaire élevait une pie.

De cet oiseau sot, voleur et bavard, Je ne ferai jamais ma compagnie ; Mais les savants, les hommes de génie, Sont, on le sait, sujets pour la plupart A quelque bizarre manie.

Par toute la maison Margot, soir et matin, Pouvant aller, venir, circuler à sa guise,

A la cuisine, au cabinet admise.

Trouvait à contenter son penchant au larcin : Tout pour la dame était de bonne prise.

Puis, dans un grenier reculé.

Elle allait déposer ce qu'elle avait volé.

C'était un vrai bazar, un étrange musée,

Où pèle-mélo étaient épars Le fermoir d'un vieux livre, un bout de frange usée, Nombre de médaillons au type des Césars, Le chapelet d'un moino, un fragment do l'opée

Qui brillait à Pharsale aux mains du grand Pompée,

(Je ne garantis pas le fait,

Mais l'étiquette le disait ; )

Une boucle de jarretière,

La tabatière du savant,

Les ciseaux de sa couturière

Et le hochet de son enfant.

Un soir, à son trésor Margot dans la mansarde Venait joindre un étui, volé je ne sais où. Quand un vieux rat, portant moustache à la hussarde,

Lui cria du bord de son trou :

« Que veux-tu faire, ô sotte pie.

De tant d'objets divers assemblés par tes soins?

En est-il un seul, je te prie.

Qui puisse tôt ou tard servir à tes besoins?

Hier, dans ma cellule, en rongeant une page,

J'ai lu, dans un vieux manuscrit.

Que garnir sa maison, ou meubler son esprit D'un fatras qui ne peut être d'aucun usage.

Est plutôt d'un fou que d'un sage. »

L'avis de maître rat est bon à méditer ; Plus d'un éducateur pourrait en profiter.

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