III. LE PAON ET LA GRL1E
De la grue un paon se moquait :
Son bec en pioche le choquait ; Il blâmait son long cou, ses jambes en échasses, Son plumage cendré, sa démarche sans grâces.
C'est souvent par orgueil qu'on se raille d'autrui ; Aussi bientôt le paon vint à parler de lui :
« Regarde, disait-il, cette admirable aigrette
Dont Junon, mon auguste appui, Comme d'un diadème a décoré ma tête ; Vois les mille reflets et l'éclat non pareil
De ma queue étalée en roue, Où le brillant faisceau des rayons du soleil. Comme dans l'arc-en-ciel, se divise et se joue ;
Vois ce port noble et gracieux, Qui sied au favori de la terre et des cieux.
— J'admire tout cela, lui répondit la grue ; Mais peux-tu comme moi t'élever dans la nue?
Non : ton lourd corps en vain voudrait quitter le sol.
Et tandis que d'un libre vol, Dans les plaines de l'air, je parcours mainte lieue, Toi, roi sur un fumier, tu ne sais qu'étaler Les trésors dont Junon se plut à te combler ; Mais ne t'y trompe pas : c'est cette riche queue. Beau paon, qui par son poids t'empêche de voler. »
Ceci revient assez à ce que dit le sage, Qu'une grande fortune eit un grand esclavage.