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IV. LA VACHE MAL GARDÉE

Veuf et père de sept enfants,

Dont Taîné n'avait pas douze ans, Un pauvre bûcheron par son travail à peine Suffisait à nourrir tant de monde à la fois ; Un champ maigre et pierreux, à la rive du bois, Avec un toit de chaume, était tout son domaine. Une vache, en un coin, sous un vieil escalier, Dans la chambre commune avait son râtelier ; C'était des pauvres gens la richesse et la joie. Chaque jour au pâtis le bûcheron Tenvoie

Sous la garde d'un des enfants ; Les autres cependant accompagnent le père.

Ramassant le bois sec, les faînes et les glands. Cueillant, dans la saison, la fraise printanière. Et les genêts fleuris pour servir de litière

A Blanchette pendant la nuit.

(Blanchette, c'est la vache, amour de la chaumière.) Chaque enfant donc aux champs tour à tour la conduit, La garde tout le jour, et le soir la ramène

Bien repue et mamelle pleine, iilais il advint un jour que le père eut besoin D'aller de sa personne à la ville prochaine ; De Blanchette il confie et la garde et le soin

A ses sept enfants : il lui semble Qu'ils y veilleront mieux en restant tous ensemble. Ils lui promettent bien de ne pas se quitter. Le bonhomme s'en va, sans crainte pour sa vache.

 peine est-il parti, que Tatné se détache

Du groupe, et recommande aux autres de rester;

Lui va dans la forêt faire un arc et des flèches.

Moi, je veux pour nous tous cueillir des mûres fraîches,

Dit le frère cadet, je reviens à Tinstant.

Un autre a vu dans la vallée

Un nid de merle, et, s'il attend.

Les petits déjà forts auront pris leur volée.

Si j'allais au bord de Fétang Chasser aux papillons ? dit Tune des fillettes.

— Va ; moi je cours au bois pour chercher des noisettes ; Vous, Lise et Jean, restez; vous aurez votre part.

— Nous, demeurer ici ! vraiment ma sœur est bonne I Mais pas si sots ! Viens, Lise, et plus tôt que plus tard, Viens là-bas de bluets tresser une couronne.

Ainsi chacun s'esquive et part.

Et pour garder Blanchette il ne reste personne. Mais, quand vers la prairie ils reviennent le soir.

Jugez quel est leur désespoir,

Blanchette, hélas I était perdue.

Il n'entre pas dans mon sujet De raconter comment elle leur fut rendue; Mais j'ai fait voir, — du moins tel était mon projet, — Que plus on met de gens à conduire une affaire, Moins on doit espérer de la voir réussir.

Chacun sur ses voisins jette la charge entière ; Chacun veut commander, nul ne veut obéir.

En un seul vers enfin pour rendre mon idée.

Moins elle a de gardiens, miaux la vache est gardée.

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