‹ FablesChapitre 68 sur 172 · X. LE LION ET LE PETIT CHIEN · texte numérisé non relu

X. LE LION ET LE PETIT CHIEN

On relie aisément une corde rompue.

Mais toujours reste un nœud qui rejoint les doux bouts.

Ainsi la confianco entre amis, entre époux,

Quand elle est une fois perdue, Jamais en son entier ne peut ôtre rendue.

On a beau pardonner, un amer souvenir.

Un souvenir que rien n'efface.

Nœud fatal, reste; et, quoi qu'on fasse, La douce intimité ne peut plus revenir.

Je veux à ce propos raconter une fable.

Ou plutôt un trait véritable :

Au jardin de Buffon, on voyait autrefois

Un lion, fier tyran des bois

Tant qu'il vécut dans sa patrie.

Mais alors pauvre esclave, à Tunis acheté Pour être Tornement de la Ménagerie.

Un petit épagneul, plein d'amabilité,

Partageait sa captivité.

Qui n'eût pas admiré l'indulgence facile Du sultan prisonnier envers son compagnon,

Lui si fort, l'autre si mignon !

L'épagneul, pétulant, agile, Agaçait son ami sérieux et tranquille.

Et, de son front royal pour écarter l'ennui.

Il sautait, gambadait, tournait autour de lui, S'élançait sur son dos, lui mordait les oreilles, Et faisait, jeune fou, cent malices pareilles. Du monarque déchu la triste gravité Excusait volontiers ces excès de gatté :

L'amour et l'amitié vivent de disparates.

Puis, du jeu quand le chien paraissait fatigué. Le lion se couchait, il allongeait les pattes,

El l'autre venait, d'un air gai,

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