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LIVRE III

Pas (le chemin tracé dans ces plaines sans fin ;

Pas un buisson, pas d'herbe; un sable rouge et fin

S'élevant sous leurs pieds, ainsi qu'une fumée,

Ulcérait leur narine et leur gorge enflammée.

Un des plus résolus, qui marchait en avant.

D'un regard scrutateur épiant, observant,

S*arrête tout à coup et, de sa m^^in tendue.

Il montre un point au bout de l'immense étendu^,

En criant : « Oasis I — Oasis, où ? — Là bas,

Ce point noir. — Ce point noir ? mais je ne le vois pas.

— Ni moi. — Ni moi. — De nous il se moque sans doute.

— Eh I non ; notre éclaireur seulement n'y voit goutte ; C'est un fou. — C'est un fou ! » Le voyageur troublé N'aperçoit plus le point qu'il avait signalé,

Il s'excuse, et honteux gagne l'arrière-garde.

On se remet en marche ; on avance ; on regarde ;

Et l'oasis, en traitç nettement dessinés,

Bientôt se montre aux yeux de nos gens étonnés.

On pousse un cri de joie, on fait halte, on s'embrasse ;

L'un chante et rit ; au ciel l'autre à genoux rend grâce ;

Un autre court déjà, «pour être le premier

A se rouler sur l'herbe au pied d'un vert palmier,

A baigner dans la source aux flots frais et limpides

Ses mains, son front brûlant et ses lèvres arides.

Seul, un des pèlerins hésite et doute encor.

a Pour me tromper, clit^il, vous n'êtes pas d'accord, Cependant j'ai des yeux, de bons yeux, et j'enrage De vous voir abusés par quelque vain mira,ge.... » Il en eût dit bien plus, quand lui coupant 1^ voix Kires et quolibets, éclatent à la fois.

Et tous ceux qui, niant l'oasis entrevue,

9i FABLES.

S*étaient moqués de rhomme à la perçante vue, Sont encor les plus prompts et les plus acharnés  cribler de bons mots Thomme aux regards bornés.

En tout pays, même en Europe, Chaque fois que survient un grand événement.

On voit le sot public se rire également

Du clairvoyant et du myope.

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