XVL LE PAPILLON ET L'ABEILLE
Sur les fleurs de ce chou tu t'arrêtes, ma sœur I
Fi, quelle odeur nauséabonde !
Si tu veux à ton miel donner quelque douceur,
Viens aux lieux où la rose abonde.
Loin d'un légume vil, qui n'est pas fait pour nous,
Fuyons, fuyons, ma sœur Tabeille.
— Fuis seul, beau papillon I je comprends à merveille Pourquoi ce végétal provoque tes dégoûts :
Ce chou, si j'ai bonne mémoire.
T'a servi bien longtemps de pâture et d'abri ;
Animal rampant et sans gloire.
Tu te gorgeais alors de ce mets favori ; Et maintenant, tout fier de l'éclat de tes ailes. Pour mieux faire oublier tes destins d'autrefois,
Des fleurs tu choisis, je le vois,
Les plus nobles et les plus belles.
Mais, crois-moi, les soins que tu prends
Pour cacher ta basse origine,
Font justement qu'on la devine.
Tel un sot parvenu rougit de ses parents
Et des amis de son enfance :
Chenille transformée, il brille aux premiers rangg;
Mais tous ceux que sa morgue oiTense, Ont la mémoire bonne, et comparent en lui Au plat faquin d'hier l'insolent d'aujourd'hui.
XVIL LA CARAVANE.
A travers la brûlante et morne solitude, Ils marchaient haletants, brisos do lassitude.