XXI. LE ROI ET LE MENDIANT
Je lisais, ce matin, qu'un monarque d'Asie
Voulut un jour faire un heureux.
C'était par pure fantaisie, Car là, plus que partout, les rois sont rois pour eux. Aux portes du palais, à genoux sur les dalles, Se tenait d'ordinaire un pauvre, jeune encor; Le roi le fait venir, et de ses mains royales
Il lui compte cent écus d'or.
Ne sachant trop s'il veille ou s'il dort, le pauvre homme Fait presque des façons pour empocher la somme ;
Et la cour riait aux éclats De sa mine effarée et de son embarras.
Enfin congédié, joyeux, comme on peut croire, Le drôle n'alla pas, nouveau sire Grégoire, Enfouir à la fois, dans sa cave, à minuit, Son or, et sa gaité, trésor plus véritable; Moins sage encor, le jeu, la débauche, la table. Au même état qu'avant l'eurent bientôt réduit ; Et, quelques mois après, on vit le misérable Revenir mendier sur le seuil du palais.
« Voilà donc, dit le roi, le fruit de mes bienfaits t — Pouviez-vous de vos dons attendre un autre usage.
Sire ? lui répondit un sage.
(Il paraît qu'en Asie on a vu quelquefois
Dos sages à la cour des rois.) Votre or a de ce pauvre, excusez ma franchise.