‹ Fables [microforme] (volume 2)Chapitre 2 sur 109 · LA CHAUVE-SOURIS · texte numérisé non relu

LA CHAUVE-SOURIS

Dans l’humble fable qui précède

Je vous ai montré, mes enfants,

Que le bon quelquefois le cède

Aux méchants qui sont triomphants ; N'allez pas en conclure

Qu'il en doit toujours être ainsi,

Et que le coquin endurei

N'est pas gêné parfois dans sa coupable allure.

Le contraire arrive partout :

On se prend dans son propre piège ;

On veut laisser d’autres debout

Et l’on perd soi-même son siége.

Re mme cui ae ns ma arm mi

D'une chauve-souris Ecoutez l'aventure ; Votre douce nature

Lui prêtera le coloris.

—Je ne suis point, mes sœurs, vile, ni flagorneuse ; Je ne viens point faire ma cour, — Dit la chauve-souris, un jour, En pliant avec soin son aile membraneuse ;— Or, les moineaux, nos ennemis, M'ont tout à l'heure encor, promis De me faire heureusement vivre, Si je voulais ici les suivre Pour vous déposséder ; Mais je ne veux pas les aider.

V’était aux souris véritables Qu'elle parlait comme cela.

Elle ne contait là

Que des mensonges détestables, Et désirait pour ce brandon Un prix quelconque, un léger don.

Elle l’obtint à l'instant même, Ensuite elle vola vers les petits moineaux, Et, se :a1vant toujours du même stratagème :

— Mes frères les oiseaux, Vous connaissez, dit-elle, Mon amitié fidèle ; Défiez-vous sans cesse ou vous êtes finis :

Les souris ont juré de surprendre vos nids.

Elles ont osé tout promettre Si je voulais enfin dans leurs mains vous remettre ; Je leur ai montré du courroux, Car je suis oiseau comme vous.

Cette nouvelle fourberie Eut aussi beaucoup de succès, On la paya sans ladreïie, Ensuite on fit un grand congrès Comme moineau n’en voit plus guère.

Il y fut décidé d'aller porter la guerre Chez les souris sans foi.

Comme on allait prendre les armes, On entendit de grands vacarmes Et le camp fut rempli d'émoi.

Or, les souris guerrières Avaient pris les devants :

Leurs bataillons mouvants Couvraient des toises entières.

Cependant les moineaux dépêchent des courriers De la cime de leurs arbustes,

Pour dire à l'ennemi que les nobles lauriers

Ne se cueillent jamais dans lés guerres injustes.

Les souris font de même avant que d'attaquer ;

e ; De sorte que bientôt tout vient à s'expliquer.

KRedoutant la potence, alors, la souris-chauve

Vers des murs en ruine avec hâte se sauve.

Et depuis ce jour-là, cachée en son réduit, L’infortunée

Passe à trembler de peur chaque longue journée,

Et n’ose sortir que la nuit,

Un moment de folie, hélas : fait souvent naître De longs jours de regrets.

La honte, pour le traître

Suit la gloire de près.

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