LE CHEVAL ET LE CHARRIOT
Un bon cheval d’un certain âge, Tratnait depuis longtemps un pesant charriot ; Il était tout en nage, Mais il ne disait mot.
A quoi sert de se plaindre Quand personne n’est là pour nous prendre en pitié, Ou, tout au moins, pour feindre Une douce amitié ?
Il vaux mieux avec patience Endurer son mal.
C’est ce que l'animal
Faisait en Conscience :
Mais il n’en Pensait pas moins,
Cependant la Voiture Conduite Par ses soins Parvint, Sans fâcheuse aventure, Au sommet d’un vaste Coteau, La descente en était rapide :
Un roc abrupt, un trou perfide Resserraient Je Chemin com
Alors le véhicule Commenca de parler.
semble étrange, et même ridicule } $; Pour si peu n’allez Pas quereller.
me eut fait un étau.
Cela vous N’import
» Sans qu'on le devine, Sur la pente de la ravine
Je vais te pousser
Et tu n’as qu'à te laisser faire
Pour descendre en bas Promptement :
Je connais mon affaire,
bravement,
64 FAÂBLES.
Le cheval, écoutant ce propos singulier, Changea de rôle.
Après tout, ce devait être joliment drôle Que ne plus se morfondre à tirer du collier.
I] partit aussitôt sur la pente assez raide.
Le charriot content de lui donner de l'aide, Poussait, poussait ; si bien qu’énfin Il le poussa dans le ravin.
Vous qui nous conduisez à travérs les abtmes, N'allez pas imiter ce cheval idiot,
Ne changez pas de rôle avec certains intimes, Car il feraient, bien sûr, comme le charriot.
Une plume,
FABLE XXIv