LE LAURIER-ROSE ET LA PENSÉE
Un laurier-rose, Tout ravi d’être quelque chose, Etalait au soleil ses rameaux et ses fleurs ; Plus loin une pensée, La tête baissée, Semblait dissimuler ses suaves couleurs.
—- Que je te plains ! que je plains tes pareilles, Petite fleur des bois, Dit le laurier! On peut t'écraser mainte fois En emportant mes fleurs vermeilles.
Viens près de ma tige ; on croira Que tu me dois la vie, Et quelque main ravie Alors te cueillera.
La fleur lui répondit d’une voix fort sereine :
—Où Dieu nous a fait naître il u’est jamais d’ennuis. Je demeure où je suis ; Merci de votre peine.
Vous qui vous croyés grands dans votre set argueil Parce qu’un saïg vanté coule dans votre veine, N'humiliez jamais par une pitié vainé
Les humbles qui sont là vivant à votre seuil.
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