‹ Fables [microforme] (volume 2)Chapitre 31 sur 109 · L'AVARE SUR LE POINT DE MOURIR · texte numérisé non relu

L'AVARE SUR LE POINT DE MOURIR

Un vieil avare, un de ces ladres Qui portent barbe sale et n’ont point de rasoir ; Qui n’osent pas se mettre en face d’un miroir; Qui collent à leurs murs des images sans cadres, Et, pour dépenser moins, n’osent pas se nourrir ; Un vieil avare, dis-je, allait enfin mourir Et sentait des regrets difficiles à peindre.

Il fit venir à lui son unique neveu :

—Mon neveu, lui dit-il, inutile de feindre, C'est fini, je m'en vais. Et bien! écoute un peu:

Je vois avec terreur mon étrange folie.

Que me sert, dis-le moi, d’avoir dompté mes sens, En me privant de tout, depuis mes premiers ans ? Ah! vraiment cela m'humilie.

Que me sert-il d’avoir, pour ménager mon bois, Près du foyer éteint grelotté tant de fois ?

Que me sert-il d’avoir, par pure économie, Marché tête et pieds nus durant les jours d'été ? Oui, c’est une infamie, Je le confesse en vérité, Que de se priver tant pendant si courte vie ! Et, pour me bien punir, si je tenais encor L'existence qui m'est ravie, Je voudrais renoncer à voir mes pièces d’or.

Plus que cela ; je crois que pour des pièces fausses Je les échangerais...…..lJ’y serais bien perdant, Va, car l’oren est pur.....et puis elles sont grosses.

—Cher oncle, voyez donc comme-je suis prudent, Repartit le neveu ; dans ma sollicitude

J'ai remplacé tout l'or par un autre métal

Qui ne vaut rien du tout, j'en aï la certitude.

— Comment ! tu m'as volé mon petit capital ?

b* En.

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