‹ Fables [microforme] (volume 2)Chapitre 45 sur 109 · LORS 5 TAPEZ CE · texte numérisé non relu

LORS 5 TAPEZ CE

Si quelqu'un vous y convie.

Un corbeau sur le retour N'’avait pu dominer un sentiment d'envie A l'égard des oiseaux au plumage éclatant.

I] croyait que le sort l'avait, hélas! fait naître Le plus laid d’entre tous et le moins important. Il se trompait beaucoup, il faut le reconnattre, Car il n’est pas d'oiseau plus fin.

L'envie aveugle et rend injuste.

Continuons enfin.

Notre corbeau rêvait, perché sur un arbuste, Au moyen d'appeler sur lui l'attention, Et de sortir de sa condition.

Après s'être, dans le silence, Bercé de rêves d’opulence, À tire d’aile et sans arrêt Il s’envola vers la forêt.

Et là par un hasard qui me semble assez drôle, Il trouva, suspendue à la branche d’un saule, La dépouille d’un perroquet.

I] en fut enchanté, retrouva son caquet Et se mit à jaser en tâtant chaque plume.

—Celle-ci, disait-il, va faire, je présume,

Un collier de pourpre à mon cou; Cette autre donnera de l'ampleur à mon aile, La chose est bien rationnelle — Et cette autre, où la mettrai-je ? où ?

Sur ma tête même, Comme un diadême.

Tout en monologuant, Le pauvre extravagant Se hâtait d'ajuster cet éclatant mélange Et de plumes et de couleurs.

I] pensait que les oiseleurs Seraient bien étounés de son aspect étrange.

Il ne se trompait point: des chasseurs, l'ayant vu, Se dirent tout remplis de joie Que c'était une rare proie ; Et l’un d'eux, épaulant pour ce coup imprévu Son arme meurtrière, Le malheureux corbeau finit là sa carrière,

Si vous cherchez l'éclat vous serez mal jugé. Etre inconnu c'est être protégé.

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