LE CHAT QUI RÈVE
Si doux que soit un songe, il n’est toujours qu'un leurre. Je vais vous raconter, sur l’heure, Comment un chat bien réveillé Resta jadis, éme:veillé D'un songe assez plaisant qu’il paya de sa vie. Vous demandez comment Faute si faible fut suivie D'un pareil châtiment.
C'est un sujet inépuisable Où je ne suis guère entendu.
Comme dans bien des cas, Ï innocent fut perdu Et le tribunal, excusable,
Voici le fait :
Un chat d'une vertu fort bien enracinée, Mais pas sans défauts tout à fait ; Ce qui n’est dans la destinée Ni du chat, Ni de l’homme ; Un chat qui ne portait ni cordon, ui crachat, Mais qui valait, en somme Bien des chats décorés, Vit dans le coin d’une salle
Un trou large où des rats s'étaient gaîtment fourrés.
Aussitôt il s’installe, Il se blottit, silencieux, Guettant de la griffe et des yeux.
Mais la même pensée et la même posture Endorment l'esprit et le corps, Il s’endormit alors, Et c'était le moment où les rats, d'aventure, Sortaient du trou.
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Ils s'échappèrent tous.
Or, lui, voilà qu’en songe ; Vivement il allonge Et la patte et le cou, Et chaque coup de griffe Prend un rat impudent, Et chaque coup de dent Cruellement le biffe Du nombre des vivants, ;
Dans ses rêves émouvants, Il finit: par tous les détruire.
Emouvants ” c’est le mot qu’il me faut pour traduire De pareils songes, en effet, Et ce n’est pas une cheville.
Notre chat, satisfait, Se réveille, s'étire et se recroqueville ; Il se dit que jamais on ne vit coup pareil, Et s’en va faire la sieste Sur la porte au soleil.
Les rats grugent partout : on les voit, on l’atteste ;
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Mais il n'en croit plus rien, il en a tant mangé. C'est en ce moment-là qu’il fut pris et jugé.
Rôver, c’est fort plaisant, souvent c'est une trâve A la banalité ;
Mais gardez-vous toujours de prendre votre rêve Pour la réalité,
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- Lafontaine l’a dit.
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