FABLE XLIX
LES DEUX CHIENS. a"
Deux chiens aux pieds du même maître
Coulaient paisiblement leurs jonrs;
Tous deux ne paraissaient connaître
Que les plaisirs et les amours.
On les voyait courir souvent à perdre haleine, Derrière la voiture ou par la verte plaine ; Puis, quand ils étaient las de courir, d’aboyer, Ils s’en venaient dormir tous les deux au foyer,
Sous le même rayon de flamme,
Laissant en rêve aller leur âme
Dans ces étranges régions
Où s’envolent, en légions, Les âmes de nos pauvres bêtes,
Chaque jour ils dinaient comme l’on dine aux fêtes. Un eoir, les cuisiniers, pour le moins imprudents, Ne leur jettent qu'un os, et les deux camarades, Après maintes bourrades.
Se déchirent à belles dents.
Que d'hommes tu déniches À chaque pas Qui ressemblent à ces caniches !
Ils ont de la vertu, mais ne les tente pas.
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