‹ Fables [microforme] (volume 2)Chapitre 66 sur 109 · LA CIGALE ORGUEILLEUSE · texte numérisé non relu

LA CIGALE ORGUEILLEUSE

Le soir d’une chaude journée, Au milieu d’un jardin fleuri, Pour célébrer son hyménée— Car elle avait pris un mari — Üne brillante libellule

Donna, paraît-il, un grand bal, Or, l'avis n’en fut point verbal, Mais écrit selon la formule, Par une gracieuse main,

En lettres d’or sur parchemin.

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On vit arriver à la fête,

Portés sur la brise du soir,

Les guêpes à la fine tête

Et les bourdons au corset noir ; On vit les actives abeilles

Avec des rayons de miel doux Qu’elles mirent dans les corbeilles Des jeunes et charmants époux ; Et l’on vit, en files égales,

Les phalènes et les cigales,

Les midas et les papillons.

Cela formait des tourbillcns

D'une splendeur incomparable ;

Et jamais bal plus mémorable

Ne fut donné dans un jardin.

La pourpre, l'or, l’azur, la soie

De toute part mêlaient soudain, Parmi les doux éclats de joie, Dans les airs leurs brillants reflets,

On chanta de joyeux couplets :

Les danses furent animées, Le dîner, fort dispendieux.

On y but la boisson des dieux

Dans des corolles parfumées.

Et chose assez rare, partant, Chacun s’en retourna content.

Non pas! Voilà que je m’abuse.

Une cigale eut du regret

Et s’en revint toute confuse

Se cacher dans son nid discret.

C’est qu’elle avait été saisie D'une profonde jalousie

En voyant que tous les regards Se fixaient sur la taille fine D'uñe frigane sa voisine.

-- On aurait pour moi des égards, Tout tristement se disait-elle,

N'importe; on dira, queique jour, Reprit-elle avec arrogance,

Que je suis comme faite au tour Et que j'ai beaucoup d'élégance.

Ft, là- dessu: volant au loin, Elle eueillit un brin de foin

Pour se faire un léger corsage.

Elle se serra fortement,

Ne mangea plus que rarement Et montra toujours gai visage, Pour dissimuler tout à fait

Le mal cruel qui l’étouffait.

Car une pareille ceinture Pour un insecte délicat— J'en donne le certificat— Etait une affreuse torture.

Elle perdait son embonpoint, Elle était déjà gracieuse

Et se montrait malicieuse Envers celles qui n'avaient point, Comme elle, une taille élancée.

Elle disait dans sa pensée,

En se serrant de plus en plus Ne suis-je pas plus élégante

Que cette frigane intrigante ?

Vain supplice ! espoirs superflus !

Au premier bal de la prairie, En dansant un vif cotillon,

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Elle tombat soudain sans vie Dans les bras d’un vieux papillon.

Cigale que l’orgueil domine, Mieux vaut santé que bonne mine.

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