LE FROMENT ET L'IVRAIE
Sous les chaudes haleines Et sous le soleil du printemps, Le froment dans les plaines Avait germé depuis longtemps ; Les tiges gracieuses Déjà se couronnaient d’épis Et s’étendaient soyeuses Comme de grands tapis.
Mais l’ivraie, Jalouse de voir le bon grain, S'emparer du meilleur terrain,
Quand au bord de la haie On la reléguait sans merci ; L'ivraie alors voulut aussi
Dans le sillon fertile Avoir place comme le blé.
Sa parole est subtile :
Elle prit un air accablé,
Un regard fort modeste, Et dit aux épis ses voisins,
Avec un noble geste :
— Vous me traitez bien mal, cousins, Et vous m'en voyez désolée :
Je ne veux plus vivre isolée.
À partir d'aujourd'hui,
Pour chasser mon enn:ii, Dit-elle encore avec audace, Laissez-moi prendre à vos côtés Une toute petite place,
Vous serez fiers de mes bontés.
Séduit par ses belles paroles, Les épis jeunes et frivoles,