‹ Fables [microforme] (volume 2)Chapitre 92 sur 109 · LE RENARD ET LE VIEUX LOUP · texte numérisé non relu

LE RENARD ET LE VIEUX LOUP

Un renard, rancunier en diable, Suivait depuis longtemps un loup, Se montrait serviable Et le vantait beaucoup :

Ce n'était là qu’une mesure Pour se venger avec usure S'il en avait l’occasion.

La cause de cette rancune, —

Pour éviter une lacune

Je dois y faire allusion— Venait d’une poule superbe | Que le renard, dans un verger,

Avait trouvée au fond de l'herbe,

Mais qu'il n'avait pas pu mange ,

Vu que le loup son cher compère

L'avait croquée à belles dents.

Il faut que nous soyons prudents, . Surtout près d’un faux caractère ; C’est ce que le renard comprit, Il attendit plus d’une année.

Le loup devint boiteux, maigrit Et rougit de sa peau tannée, :

— Viens, lui proposa le renard, On pourrait trouver, par hasañd,

Quelque donceur pour ta vieillesse Dans une ferme de là-bas.

— Merci bien de ta gentillesse ; Oui je veux y traîner mes pas, Ne crains point de friponnerie :

J'ai faim, mais je ourfais plutôt

Que pécher par gloutonnerie.

Ils furent arrivés bientôt En face d’une laiterie.

—Entrons avec effronterie,

Dit le renard rusé,

Ce n'est pas malaisé, Puisque la porte en est ouverte.

Le loup, s’efforçant d’être alerte Et ne craignant pas le fermier, Voulut bien entrer le premier.

11 fit une heureuse trouvaille :

Un fromage fort savoureux.

11 voulut être généreux :

—Tiens, partage cette mangeaille,

Dit-il au renard vagabond.

Celui-ci, s’éloignant d’un bond, Sortit et referma la porte.

—Merci, dit-il, esprit fécond,

*ABLES, en

Ce morceau-là moi je l'emporte,

Toi tu garderas le second ; ;

On ne peut tarder à le faire.

Voici les gens de la maison, 4 Bon soir! Pour te tirer d'uffaire

Cherche quelque bonne raison.

Retiens toujours cette maxime, O toi qui veux être roué :

Sou vent on devient la victime De celui que l'on a joué.

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