LE DAIM IMPRUDENT
Un daim trop curieux sortit de son domaine
Pour s'approcher de l’homme et voir les champs féconds. Pendant qu’il courait dans la plaine,
Franchissant, dans ses bonds,
Les grands fossés de ligne et les hautes clôtures,
Quelques chiens vagabonds l’aperçurent soudain.
La chasse commença. La peur et ses tortures
Etreignirent d’abord le cœur du pauvre daim,
Puis il se mit à fuir.
Les chiens, de bonne race, Flairant sa trace,
Le poursuivent toujours et le serrent de près.
C’est à qui lui fera la première morsure,
Mais il voit un fermier qui creuse ses guérets, Ft cela le rassure.
Il s'élance vers lui; c'était son seul recours. L'homme arrête la meute ; il la met même en fuite.
—Merci bien de votre secours ; Je m'en vais tout de suite, Dit le daim aux abois, Les miens m’attendent dans les bois,
— Pas du tout, mon mignon; vous me devez la vie,
J'entends bien vous garder et prendre soin de vous. Vous allez faire des jaloux ;
Venez.
La pauvre bête humblement asservie, Suivit son maître, et, pendant le trajet, Se demanda souvent quel était son projet.
Elle fut mise en bergerie, Fut caressée et bien nourrie,
Mais, un bon matin, On la tira de ià pour en faire un festin.
Toi qui contractes maintes dettes, Noble, bourgeois ou roturier,
Tu fais comme ce daim quand gaiemeut tu te jettes Dans les serres de l’usurier.
en fuite.
vez la vie, 1 de vous.
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Un vieil avare, un de ces lad.es Qui portent barbe sale et n’ont point de rasoir ; Qui n’osent pas se mettre en face d'un miroir; Qui coilent à leurs murs des images sans cadres, Et, pour dépenser moins, n’osent pas se nourrir ; Un vieil avare, Gis-je, allait enfin mourir Et sentait des regrets difficiles à peindre.
Il fit venir à lui son unique neveu :
Mon neveu, lui dit-il, inutile de feindre, C’est fini, je m'en vais. Et bien! écoute un pen:
| pen :
Je vois avec terreur mon étrange folie,
Que me sert, di3-le moi, d’avoir dompté mes sens,
En me privant de tout, depuis mes premiers ans ?
Ah! vraiment cela m’humilie.
Que me sert-il d’avoir, pour ménager mon bois,
Près du foyer éteint grelotté tant de fois ?
Que me sert-il d’avoir, par pure économie,
Marché tête et pieds nus durant les jours d'été ? Oui, c’est une infamie, Je le confesse en vérité,
Que de se priver tant pendant si courte vie !
Et, pour me bien punir, si je tenais encor L'existence qui m'est ravie,
Je voudrais renoncer à voir mes pièces d’or.
Plus que cela ; je crois que pour des pièces fausses
Je les échangerais......J’y serais bien perdant,
Va, car l'or en est pur......et puis elles sont grosses,
—Cher oncle, voyez done comme je suis prudent,
Repartit le neveu ; dans ma sollicitude À J'ai remplacé tout l'or par un autre métal
Qui ne vaut rien du tout, j'en a* la certitude.
- Comment ! tu m'as volé mon petit capital ?
Mon or si précieux tu me l’as, en cachette, Changé pour des jetons que personne n’achète ? Sur des pièces de cuivre, hélas ! infortuné, Comme devant l'or vrai je me suis prosterné!
J'en mourrai de honte et de peine !.… Oh ! laisse-moi.… Ma fin aurait été sereine, Ingrat ne-eu, sans toi.
Lorsque l'on se fait vieux l'on croit quitter le vice
Et c’est le vice qui nous fuit:
La passion qui dort n’est que de l’artifice ; Elle porte au réveil toujours le même fruit.
le vice