LE RENARD ET L'OURS
Un renard qui, je pense, avait eu bonne école, Trouvant une perdrix prise dans un collet, Se dit :
C'est bien à moi; le chasseur me la vole Comme je vole aussi quand je croque un poulet. Je l'emporte.
Il1la prit. Alors un ours morose,
Jaloux du hon morceau, lui barra le chemin, Le renard salua son terrible voisin Et voulut s'échapper.
—JIl me faut autre chose, Lui dit le vieux grognard.
— Vous faut-il deux salut: ? demande le renuiu Avec une peur mal cachée.
…— [1 me faut la perdrix,
— Ce n’est qu’une bouchée, Mais, bah ! partageons-là. Je voudrais faire plus...
—Je veux tout. Ne fais pus de discours superflus. Et quand j'aurai croqué cette bête e:r plumée, Foi d'ours canadien !
Si ma faim n’est pas calmée Je te croquerai bien.
—Tu n'auras rien, brigand, c’est moi qui te l’assure,
Réplique le renard à son vieux souverain.
Et, d'un bond, il recule au bord d’une fissure Qu'il vient d’apercevoir au milieu du terrain.
— Comment marand, tu me jettes l’insulte, A moi le rois des bois? dit l’ours tout irrité ; Tu connaîtras bientôt la peine qui résulte
D'une telle témérité,
— Viens donc, Ô roi des bois, je t'attends, et sans crainte ; Je suis solide comme un roc.
L'ours s’élança. Pour éviter le choc, Le renard, dont la bravoure était feinte, Fit un saut de côté. L’ours tomba lourdement Dans le vide, Le renard dit :
— Assurément Vous êtes souple autant qu'avide, Quand vous serez monté, n'oubliez pas, seigneur,
sure,
De venir me voir tout de suite ; Vous me ferez beaucoup d'honneur Et la perdrix sera bien cuite.
On ne saurait avoir tort De demander à la ruse
‘Le que la force ous refuse, Quand le méchant est le plus fort.
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