LE LABOUREUR ET L'ATHÉE
Un laboureur, honnête homme et chrétien fidèle Qui s’egenouillait chaque jour, Et croyait bonnement que l'âme est immortelle Et doit quitter ces lieux pour un autre séjour; Un brave laboureur, vous dis-je, Qui ne demandait au Seigneur, Pour croire au céleste bonheur, Aucun autre prodige Que le spectacle radieux Que le ciel fait éclore Au couchant à l'aurore,
Chaque jour sous nos yeux;
Un laboureur achevait ses semailles, Quand il vit arriver au milieu de ses champs Un soi-disant athée, un de ces sots tranchants ! Qui veulent enlacer les autres dans leurs mailles. l'angelus du midi, dans le même moment,
Sonnait à l’église voisine ;
Le semeur se signa, puis, fort dévotement, Se mit à réciter le prière divine.
— Pourquoi ce signe de la croix ?
Fit le libre penseur en éclatant de rire :
Est-ce que vraiment tu crois A ce que tu viens de dire ?
— Et pourquoi n’y croirais-je pas ?
Daignez done me l’apprendre.
— Parce qu’en croyant sans comprendre La raison ferait un faux pas.
A la mort tout s’efface.
Pour la terre on est fait: c’est ici notre place, Et pas ailleurs.
Le tombeau ne rend pas sa futile poussière, Et la vie en la mort s’engloutit tuut entière.
—Revenez dans deux mois ; à vos accents railleurs Je crois que je pourrai répondre,
L'incrédule partit : il était généreux.
— Vraiment, se disait-il, ces pauvres mulheureux Sont bien faciles À confondre,
Il revint au temps dit ; c'était à la moisson.
—ÆEh bien! commença-t-il, eh bien ! pieux garçon, Je viens chercher votre réponse,
— Interrogez mon champ, c’est lui qui la prononce.
-—Mais je l'écoute en vain.
— Vous avez vu ce grain ?
Je l'ai mis au printemps dans une chaude terre ; Il a semblé pourrir; tel ne fut pas son sort: Un germe plein de vie est sorti de la mort...
Voyez ce champ superbe, expliquez ce mystère. L'homme est plus qu’un vil grain, vous savez bien cel Comment pouvez-vous donc jamais nommer chimère Son espoir de sortir d’une tombe éphémère ?..
C'est ma seule réponse ; allez, méditez-là.
ère.
ez bien cel * chimère