‹ Fables [microforme] (volume 3)Chapitre 57 sur 100 · LE CASTOR ET LE LOUP CERVIER · texte numérisé non relu

LE CASTOR ET LE LOUP CERVIER

Un castor bon enfant, un jour, prêta l'oreille Aux paroles d’un loup cervier,

Il s'agissait d’éteindre une haine bien vieille

Et d'échanger enfin la branche d’olivier.

La pensée était bonne et la chose facile ;

Mais notre loup cervier avec son air docile Avait un but inavoué Qu'il cachait avec artifice ;

Il voulait s'assurer, je crois, le bon office D'un esclave tout dévoué, Plutôt que l'amitié constante

D'un compagnon, Fut-il et fidèle et mignon,

C'était une affaire importante Que l'oubli du vassé, Et le lynx empressé

En convenait de bonne grâce.

Il n'avait, certes ! pas qu’un tour de passe-passe

A se faire pardonner,

Il vit toutefois sans surprise Le succès couronner Sa nouvelle entreprise.

—Or, Pour sceller l'amitié l’on pourrait, ce me semble, A l'avenir chasser ensemble, Proposa-t-il au castor.

— Que votre intelligence, à mon cher, est féconde !

Fit le castor ému, Commençons nos travaux :

Nous irons par monts et par vaux :

Moi je nage fort bien, je chasserai dans l’onde

Et vous procurerai les poissons les plus frais.

— Les iruits des bois ont-ils pour vous quelques attraits ? Reprit le loup-cervier, vous en aurez de reste,

C’est moi qui vous latteste,

Car je grimpe aisément, vous ne l’ignorez pas, Sur les plus haute branches,

Je vous offrirais bien, chaque jour, aux repas, De la chair en épaisses tranches, Mais vous n’en mangez pas du tout,

Ils partirent enfin, rôdant un peu partout, Mais plus souvent sur le bord des rivières.

Le loup-cervier mangeait, du meilleur appétit Et sans faire trop de manières, Le gros poisson et le petit.

—De la société je porte seul les peines,

Lui dit bien poliment le castor aux abois ;

Soyez plus généreux; rentrons dans les grands bois, Montez sur quelque hêtre et donnez-moi des faines,

— Des faines ? j'y pensais; ca fera changement.

Ils marchaïent lentement, Car les pieds du castor n’ont pas grande vitesse, Après de longs circuits, Ils trouvèrent un hêtre assez chargé de fruits. Le loup-cervier, avec prestesse, Grimpa sur les rameaux et se mit à manger

Sans nullement songer

dé A son bon camarade.

Das, Fi — Vous ne me donnez rien ? demanda celui-ci.

—Ta santé délicate est mon plus grand souci, Et je crains que ce fruit ne te rende malade... ba. Il ne faudrait qu’un accident, étit Répondit le lycx impudent.

—C'est vrai, fit le castor, j'en souffrirais peut-être ; — Il cachait son dépit sous des dehors sereins— Je vais gruger l'écorce.

ands bois, Or, il coupa le hêtre.

les faines, Le loup-cervier tomba puis se brisa les reins. ement.

itesse, * Le fourbe bien souvent de l’innocent abuse, rits wais il se réjouit er vain Car si l’un ignore la ruse, ds L'autre n’est pas toujours pour cela le plus fin.

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