‹ Fables [microforme] (volume 3)Chapitre 62 sur 100 · LE FROMENT ET L'IVRAIE · texte numérisé non relu

LE FROMENT ET L'IVRAIE

Sous les chaudes haleines Eù soua le soleil du printemps,

Le froment dans les plaines Avait germé depuis longtemps ;

Les tiges gracieuses Déjà se couronnaient d’épis Et s'étendaient soyeuses

Comme de grands tapis.

Mais l'ivraie, Jalouse de voir le bon grain, S'emparer du meilleur terrain,

Quand au bord de la haie On la reléguait sans merci ; L'ivraie alors voulut aussi

Dans le sillon fertile Avoir place comme le blé.

Sa parole est subtile :

Elle prit un air accablé,

Un regard fort modeste, Et dit aux épis ses voisins,

Avec un noble geste :

— Vous me traitez bien mal, cousins, Et vous m'en voyez désolée :

Je ne veux plus vivre isolée.

À partir d'aujourd'hui,

Pour chasser mon ennui, Dit-elle encore avec audace, Laissez-moi prendre à vos côtés Une toute petite place,

Vous serez fiers de mes hontés.

Séduit par ses belles paroles,

Les épis jeunes et frivoles,

Ne voyant rien de hasardeux, La gardèrent au milieu d’eux.

Il connurent leur imprudence Quand l’ivraie, avec impudence, Pendant qu'ils souffraient, reverdit Et jusqu’au loin se répandit,

N'acceptez pas toujours l’amitié qu’on vous donne ;

On vous flatte souvent pour mieux vous pénétrer. On vous demande un coin daus votre âme trop bonne Et l’on règne en tyran dès qu'on y peut entrer.

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