‹ Fables [microforme] (volume 3)Chapitre 71 sur 100 · LA SAUTERELLE ET LA CHENILLE · texte numérisé non relu

LA SAUTERELLE ET LA CHENILLE

1 fut un temps où les insectes, Unis par un bon sentiment, Vivaient sous un gouvernement Respecté de toutes les sectes.

Alors régnaient les papillons ; Et jusqu’au loin dans les sillons On entendait des chants de joie.

Où s’en est allé tout cela ?

Qui sait ? Pour le moment, voilà :

Celui qui relève ou foudroie Les grands empires des humains

S'accupe aussi des petits êtres

Que les hommes, ces puissants maîtres, Foulent aux pieds dans les chemins.

Pour aujourd’hui je vous rapporte

Une histoire de ce temps-là ;

Un papillon, devant ma porte,

L'autre soir me la révéla.

— Une sauterelle excentrique, De par la haute autorité Veillant avec austérité

A la moralité publique,

Vit un jour s'étendre au soleil, Sur une feuille de vanille, Une gracieuse chenille

Prise du besoin du sommeil, Et se montra scandalisée :

— Vous êtes bien mal avisée, Dit-elle en grossissant sa voix,

De vous exposer de la sorte, Au mépris de nos sages lois;

A vous enfuir je vous exhorte, Ou bien je vous jette en prison.

— Ecoutez ma raison, Sauterelle ma mie ; Je me suis endormie, Car je suis lasse de marcher ; J'ai fait une bien longue route:

Et je crois, somme toute, Que vous ne pouvez m'empêcher De reposer une minute,

—Quand on se traîne et qu'on est ver On ne prend pas ce ton amer Et toute Ce suite on s'exécute.

Pour t’apprendre à ne souffler mot, Ent:e pour six mois au cachot.

Six mois, c'est long dans l'existence Des petits insectes dorés

De nos forêts et de nos prés.

Et malgré son omupotence

La sauterelle avait vieilli,

Même on dit qu’elle avait failli.

On fit une enquête Et l’on cita plusieurs témoins.

La sauterelle, néanmoins,

Vint présenter une requête

Au Président du Parlement, Un papillon jeune et charmant.

—Je comprends, dit-il, à merveille ; Mais sur l’honneur du peuple il faut bien que je veille, Au cachot donc à votre tour !

Je suis, sous sa forme nouvelk, L'humble ver qu'avec tant de zèle Vous maltraitiez un jour.

Traitez avec égard tout homme respectable, Vous qui tenez quelque pouvoir en mains; Ici-bas rien n’est stable :

Le sujet d'aujourd'hui c’est le roi de demain.

ue je veille,

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