‹ Fables [microforme] (volume 3)Chapitre 72 sur 100 · LE FLUTISTE ET DE CARCAJOU · texte numérisé non relu

LE FLUTISTE ET DE CARCAJOU

Dans la forêt, un jour, un poète flûtiste S'enfonca pour herboriser.

Il était donc de plus, un peu naturaliste,

Me direz-vous ? C’est vrai. L'on voit s’harmoniser Les beaux-arts avec la science :

L'esprit qui voit un peu vent davantage voir;

Et plus l’homme est puissant plus il a conscience

D'un suprême pouvoir,

Donc un flûtiste, un jour, un flûtiste poète, Un peu naturaliste aussi, je le répète,

Cherchait dans les grands bois, Des mousses, des fougères, De ces fleurs qui parfois Vêtent des robes étrangères.

Il tomba soudain dans un trou Plein de feuilles, de branches mortes Et d’ossements de toutes sortes.

C'était le lit d’un carcajou.

Le fauve s’élance et s'accroche, Suivant se façon, Au rameau le plus proche Pour se jeter de là sur le pauvre garçon.

Mais celui-ci prend aussitôt sa flûte Et fait redire aux bois des champs mélodieux. La bête dans son cœur sent une étrange lutte, Puis le voile de sang qui recouvrait ses yeux Petit à petit se déchire; Elle se trouble, elle soupire, Elle descend dé l’arbre et s’en vient implorer Celui que tout à l'heure elle allait dévorer.

Les paroles de paix et la douceur de l’âme Ont désarmé plus d’ennemis

Que la force brutale ou les discours de flamme N'en ont jamais soumis,

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