‹ Fables [microforme] (volume 3)Chapitre 74 sur 100 · FABLE LXXIII · texte numérisé non relu

FABLE LXXIII

LE CENELLIER.

Au bord d’une prairie Croïssait péniblement un petit cenellier.

On ne lui voyait pas une branche fleurie :

Il était inhospitalier ; Il était hérissé d’épines, Et, sur ses rameaux presque nus, Les oiseaux n'étaient pas venus, Comme sur d’autres aubépines, Entonner leurs vives chansons.

Or, à l’époque des moissons,

Un paysan le vit et détourna la tête D'un air tout à fait dédaigneux.

L’arbrisseau fut choqué de cet air malhonnête.

—Si j'avais un maître soigneux,

Dit-il, en agitant sa tête à moitié sèche, Au lieu de descendre au tombeau, Je grandirais et serais beau.

Le bon paysan prit sa bêche Et du sol appauvri tira l'ai bre plaintif.

Ne doutant pas qu’il fut d’un fort bon caractère,

Il alla le planter au milieu de sa terre, Et fut bien attentif A lui donner des soins de toutes sortes.

Le cenellier grandit ; Son feuillage verdit, Couvrant d’un voile épais les branches demi-mortes ; Mais sous ce beau feuillage avaient aussi poussé Les épines cruelles.

Elles se cachaient mieux et déchiraient les ailes De l'oiseau confiant qui s’envolaient blessé.

Ne cultivez jamais une mauvaise plante, Jamais, non plus, les cœurs méchants :

Votre tendresse vigilante

Perdrait ses soins touchants,

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