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LES DEUX CULTIVATEURS

Deux braves citoyens demeuraient sur des fermes Dans l’un de nos cantons ; L'un était endetté, payait fort mal ses termes Mangeait, comme on dit, des croûtons Et l’autre vivait dans l'aisance.

—N'aurais-tu pas la complaisance De m'apprendre comment arrivent tes succès ?

Dit au paysan riche

Le maître de la pauvre friche.

Puis il continua : Je ne fais point d’excès ;

Je sème le printemps, qu'est-ce que je récolte ? Un peu de grain, et du mauvais ; Oui vraiment cela me révolte.

—Je pensais que tu le savais

Ce secret merveilleux qui féconde ma terre, Car je n’en fais pas un mystère, Reprit l’autre cult:vateur.

Il n’est pas ici d’enchanteur ;

I] s'agit de changer, par un truc bien facile, En grains d’or pur les grains de blé.

—Tu me prends, je le vois, pour un fier imbécile.

— Mais pas du tout.

— Alors il faut être endiablé.

— Mais ron! rien de plus simple ; écoute Et tâche de bien retenir;

Si tu fais comme moi, je n’en ai pas de doute, La fortune va te venir.

Il faut premièrement engrassser ta prairie.

Car c’est dans le fumier Que se trouve cet or qu’on nomme or du fermier. Fais un labour égal. C’est la sorcellerie Qui le veut de cette façon.

Or, cela s’apprend sans leçon.

Tu sèmes du grain net, avec soin tu le herses, Et c’est tout, mon ami. Sois sans anxiété ; S'il ne t'arrive pas de chances trop adverses Pendant l'été, A l’automne La moisson sera bonne ; Et, lorsque tu battras ton grain, Tu trouveras, j'en suis certain, De l'or en abondance.

Si tu n’en trouvais pas n’accuse point les cieux, Ce serait imprudence, Mais recommence encore et fais de mieux en mieux.

Le naïf paysan se promit bien de suivre De son voisin le bon conseil.

Quand il battit ses blés, à l’époque du givre, Il ne trouva rien de pareil

Aux grains d’or qui devaient se détacher des gerbes, Muis des moissons superbes Couvrirent ses clos tous les ans, Il devint riche un jour parmi les:-paysans,

Faites votre travail avec intelligence, Vous en avez tous les moyens,

Et vous verrez bientôt s'enfuir votre indigence, O mes braves voncitoyens.

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rbes,

sci FABLE LXXXVIL LE SCULPTEUR ET LA MADONE,.

Un sculpteur de renom quelque peu philosophe, Un homme d’une étoffe Avariée un peu, Croyait, il est bien vrai, l'existence de Dieu, Mais disait, tout de même, Que cet Être suprême Nous trouve trop petits pour s'occuper de nous, Et que, par conséquent, il est fort inutile Pour notre humanité futile De se mettre à genoux.

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Notre sculpteur fouilla donc un bloc de Carrare D'une blancheur fort rare Avec son magique ciseau.

Il travailla longtemps. Sous les coups du marteau L'on vit se dessiner une belle madone.

Son air était si pur, ses traits, si gracieux, Qu'’elle semblait avoir ce feu que l’âme donne Et qu'elle prend aux cieux.

Et l'artiste, ravi de son œuvre sublime, Ne sortait qu’à regret de son humble atelier ; Un sentiment d'amour étrange et légitime À ce fruit de ses mains paraissait le lier.

Cependant, Ô merveille !

Auprès de sa statue il en voit, un matin, Une autre tout à fait pareille.

Ses yeux ont un éclat divin,

Puis une larme, Les voilant à demi, leur donne un plus doux charme

Un rayon tout mystérieux Autour de son front glorieux

Décrit une auréole,

Et jette doucement

Dans l'humble appartement Une lumière chaste et molle,

Le sculpteur s'arrête étonné :

... —Quel rival fortuné Est venu m'écraser du poids de son génie ?

Dit-il.. O cruelle avanie!

Je briserai mon œuvre et ne tenterai plus Des efforts superflus !

La madone nouvelle Eut un souris bien doux :

Ne soyez pas jaloux,

Mon eufant, lui dit-elle,

De l’œuvre du Seigneur.

Aimez pour votre honneur, Gardez pour votre gloire, Vous pouvez bien mwen croire, L'ouvrage de vos mains ; Mais Dieu, je vous l’atteste, Dieu, l'artiste céleste,

Aime aussi les humains.

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