LE JEUNE CHAT ET LA SOURIS
Un jeune chat venait de prendre Une souris ; Il en sautait de joie, et ca peut se comprendre, Vu qu’il n'avait jamais rien pris.
Il était demeuré jusqu'alors à l'étude De son métier, Avait été nourri par la sollicitude D'un vieux chat du quartier ; Car l’histoire rapporte Que sa mère était morte
En allant à la chasse au milieu des fourrés.
Les détails de sa mort n’ont pas été narrés.
Donc notre petit chat, tout fier de son adresse, Voulut prolonger son plaisir ÆEn lâchant pour la ressaisir, Avec plus d’art que de tendresse, La souris qui tremblait de peur.
Il avait, je suppose, Vu pratiquer la chose Au vieux chat son tuteur,
I1 la faisait sauter au-dessus de sa tête Ou:bien rouler à quelques pas, .
Et la pauvre petite bête
Tentait de s'échapper mais ne le pouvait pa La M Car la griffe aiguisée La reprenait toujours.
Elle était épuisée Et n’espérait plus desecours, Quand son jeune ennemi, trop grisé par la joie, Avant de lui croquer le cou, Pour lui rendre l'espoir, cruellement l'envoie
Rouler au bord d'un trou,
| — Je suis habile, Se disait-il, d’un ton badin, Je la prendrai soudain
Avar qu’elle file,
U se trompa ; La souris s’échappa.
11 faut bien quelquefois infliger des supplices ; C'est un devoir des plus touchants ;
Mais il faut se garder de mettre ses délices Dans les angoisses des méchants.