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FABLE LXI

L'Ours et le Mouton.

Ainsi que l’homme, l’ours propose

Mais ne dispose pas toujours.

Un ours, affamé, je suppose,

Portait dans les champs ses pas lourds, Ruminant de nouveaux manèges

Pour tromper l’animal broutant.

C'était à l'approche des neiges,

Mais les brebis paissaient pourtant.

“Un agneau, quelle bonne aubaine !..

Je laisserai la peau, la laine,

Pour ne savourer que la chair.

Ainsi l’agneau ne vaut pas cher,

Et tout petit sera mon crime.

Je pourrais même en manger deux.

Trois serait un peu hasardeux...

Faut être honnête.”

Ainsi eexprime L’ours qui marche le nez en l'air, Bien sûr d’avoir assez de flair Pour éviter toute aventure Qui pourrait être de nature À retarder trop son retour.

Il avait déjà fait un tour, Naguère, dans ces pâturages, Et le maître, se disait-il, Dans un raisonnement subtil, Lui redevait des arrérages.

Il cherchait donc, de-ci, de-là, Quand, par aventure, voilà

Qu’il entend à quelque distance Le doux bêlement d’un mouton.

“Je vais te prêter assistance Et te faire changer de ton,” Grogna-t-il en courant plus vite

Vers l'endroit d’où partaient les cris.

“Ton bêlement plaintif m’invite A traverser des champs proscrits, Ajouta-t-il, et je me hâte.

Je suis d’une si bonne pâte !

Aussitôt rendu qu’appelé.

C’est en vain que tu te rebiffes, Ton sort est d’être écartelé; Au reste, je m’en lave les griffes ;

On ne refuse pas l’honneur D’être croqué par son seigneur.”

1 en aurait dit plus, peut-être, Mais il se prit au piège traître Que le fermier avait tendu.

Adieu l'esprit ! adieu la verve.

“Eh ! fait le mouton qui l’observe, Et qui l’avait bien entendu,

Rien non plus d’honorable, comme D’être écorché par un brave homme.”

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