‹ Fables [microforme]Chapitre 6 sur 85 · FABLE V · texte numérisé non relu

FABLE V

Le Songe des trois Frères.

Trois frères, une nuit, firent un même songe, Le fait est certain,

Et je me garderais de vous dire un mensonge.

Or, dès le matin,

Chacun d’eux s’empressa de le conter aux autres.

Donc, ces bons apôtres

Qui pouvaient se damner pour une pièce d’or, Avaient rêvé tous trois que sur la cime nue

D’une montagne assez connue Se trouvait un trésor.

Aussitôt à travers la plaine Ils s’élancèrent à la fois.

Ils coururent longtemps. Ils étaient hors d’halein Quand ils arrivèrent tous trois Devant une large crevasse.

Le premier fait un bond, sans calculer, d’abord, Si sa jambe un peu lasse Peut bien atteindre ‘’autre bord.

Il tombe dans le vide.

Le deuxième s’arrête indécis. Bien qu’avide, Il craint le danger que voilà.

Le troisième, plus sage, Cherche et trouve un passage Qui le mène au-delà.

N’agissez pas en téméraire,

Sans examiner le danger ;

N’allez pas, non plus, vous ranger Parmi « x qui, tout au contraire, Devant un obstacle imprévu,

Sont toujours pris au dépourvu.

Réfléchissez, je le répète,

Et quand vous aurez réfléchi,

Cet obstacle qui vous arrête

Sera facilement franchi.

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