EST
Le cygne ouvre, ému, ses ailes rapides Et vole en chantant jusque sur les bords.
“De quel drcit viens-tu ? dit un quadrupède, Sortant irrité de l’ombre des bois ; Je ne souffre pas qu’on me dépossède ; Va-t-en dans les airs.”
Le cygne, aux abois, Nagea dans l'air pur et dans la lumière, Modulant encore un soupir divin, Alors tout à coup, la tête première, D’un nuage noir fondit l'aigle vain :
“ Descends, lui dit-il, tu nes pas des nôtres ! Sur le sol haï souvent tu te vautres
Comme l’animal qui ne vole pas;
Comme un vil poisson tu nages, toi cygne,
Et tu prends dans l’eau tes joyeux ébats.
Descends, ou, vois-tu, j'appelle d’un signe, Pour te foudroyer mes sujets de l'air.”
Le cygne s'enfuit au fond du ciel clair...
Parmi nous, hélas ! souvent le génie A même-destin que le cygne doux ;
Il sème, en fuyant, des flots d’harmonie Sur les oublieux et sur les jaloux.