FABLE LXXVI
Le Cygne.
Dans la nappe d’or d’un fleuve paisible, A l’heure où s’en va le bac du pêcheur, Un cygne mirait, fier de sa blancheur, En se balançant, son galbe flexible ;
Puis autour de lui des cercles nouveaux Toujours s’éloigrant sur les claires eaux, Traçaient tour à tour comme une auréole.
Un poisson jaloux, prenant la parole, Aux autres poissons dit en le voyant :
“Souffrirons-nous donc dans notre domaine Ce fier étranger au col ondoyant ?
Son vol l’apporta que son vol l’emmène ;
Il est un oiseau, non pas un poisson.
—Qu’il s’en aïlle loin !” dit à l’unisson, Le cœur menaçant des poissons stupides, Et tous contre lui s’élancent alors.