‹ Fables [microforme]Chapitre 76 sur 85 · FABLE LXXIX · texte numérisé non relu

FABLE LXXIX

Les deux Ruisseaux et le Rocher.

Deux ruieseaux qui sortaient d’une commune source Sen allaient fort gaîment par les bois et les prés. Nul obstacle, d’abord, ne dérangea leur course. Is arrosèrent loin et les trèfles pourprés Et les blés et le pâturage, Causant de temps en temps dans ce charmant langage Qu'on appelle murmure et qu’on ne comprend pas. Tout à coup devant eux un fier rocher se dresse Et leur dit rudement :

“ Par quelle maladresse S’égarent donc ici vos pas ?

Prenez tous deux une autre route Si vous voulez encor marcher Et ne pas voir goutte après goutte Votre onde ici se dessécher.”

= L'un des ruisseaux partit, décrivant mainte cour Pour fuir le colosse ombrageux ; Il se perdit bientôt sous les jones et la tourbe D’un grand marais toujours fangeux.

L'autre resta pourtant, et peu à peu ses ondes Couvrirent le flanc du rocher.

Il devint un beau lac où les étoiles blondes Et la gondole du nocher.

Se berçaient mollement. Puis, un jour, de la cim Dans un élan sublime, Il bondit de l’autre côté.

L’obstacle était dompté.

Or, voiei la morale, elle n’est pas bien neuve : Celui-là devient grand qui surmonte l’épreuve.

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