FABLE VII
Le Cenellier.
Au fond d’une maigre prairie Cro:ssait véniblement un petit cenellier.
À peine montrait-il une brar-he fleurie ; Les oiseaux le disaient fort inhospitalier.
Quand le fermier le vit il détourna la tête.
L'arbre fut indigné de cet air malhonnôte.
“Ne fais pas tant le dédaigneux,
Si javais meilleur sol et maître plus soigneux Dit-il, branlant sa tête sèche,
Je serais aussi beau que mes contemporains.”
LU
Le paysan bonhomme alla prendre sa bêche, L’enleva des mauvais terrains, Et, plein de confiance en son beau caractère, Le mit en bonne terre.
Le cenellier grandit,
Son feuillage verdit, Mais de ce moment-là, sous les feuilles nouvelles, Poussèrent mieux aussi les épines cruelles.
A cultiver les cœurs méchants La vertu perd ses soins touchants.