FABLE LXXXIV
Le Paysan et la Mine d’or.
Un jour, en labourant sa terre, Un paysan trouva quelques pépites d’or.
Il crut qu’un immense trésor Se cachait là, dans le mystère.
Il se mit à chercher, fouillant de toute part Au hasard Du pic et de la bêche, Et comme la chance, révêche, Ne lui souriait pas souvent, Il n’en creusait que plus avant.
La dépense augmentant bien plus que les recettes, I] fit des dettes, Mais il s’en moqua bien.
En effet, combien
recettes,
Voudraient être à sa place, avoir la perspective. De la fortune et des honneurs, Et puis voir, en définitive, A leurs pieds tous les sermoneurs !
“Je serai, pensait-il, commissaire d’école ; Je serai président d’un grand cercle agricole ; Je serai marguillier, Il serait singulier Que je ne fusse pas maire de la paroisse Et préfet du comté.
Je vois les envieux, je comprends leur angoisse... Mais je veux user de bonté, Et ne traiter personne avec outrecuidance.
Or, une fois en évidence Il me sera facile assurément De devenir membre du parlement.
On me recherchera. Tiens ! déjà, sur ma porte Je vois bien, n’est-ce pas ? la députation ?
Je gage qu’on m’apporte :
Une humble réquisition.
Allons au-devant, tout de suite :
Soyons digne, c’est bien, mais pas trop obstiné...
Hélas ! c'était une poursuite ; Il était ruiné,
Braves cultivateurs qui cherchez la fortune, Quand vient la saison opportune
Fouillez bien votre sol, bêchez votre terrain,
Mais pour y semer du bon grain.