‹ Fables [microforme]Chapitre 12 sur 65 · LES POISSONS ET LE HÉRON · texte numérisé non relu

LES POISSONS ET LE HÉRON

Un héron chargé d’ans et dont les yeux débiles Pouvaient à peine au fond de l’eau

Distinguer du poisson les bataillons agiles,

Les prit par un moyen aussi fin que nouveau.

Il alla se poster au bord d’une rivière

Et fit le pied de grue en regardant l’eau claire

Jusqu'à ce qu’un poisson Vint se montrer, enfin il vit un carpillon Jouant à la surface :‘ Eh! mon jeune compère,” Lui cria-t-il d’une voix familière, ‘ Approchez-vous de moi; voyons, n’ayez pas peur. ‘ J’accours vous informer d’une affreuse nouvelle : “Tenez... j'en tremble encore... on m’a dit qu’un pêcheur ‘ Aidé de ses enfans, viendra dans sa nacelle ‘“ Avant huit jours vous prendre tous...” Le carpillon, plein d’épouvante, De courir raconter la nouvelle accablante.

Voilà tous les poissons consternés, quasi fous !.. On s’assemble, on discute, on parle... mais que faire ?.. Mille avis aussitôt sont donnés, puis bannis. Enfin on décida que la gent poissonnière Remercîrait ce brave et bon donneur d’avis, Et que le carpillon irait à l'instant même Demander humblement sil ne connaissait pas Quelque adroit stratagème

Qui pourrait les tirer du terrible embarras.

‘ Cher carpillon, je connais plus d’un leurre,

‘ En souriant répondit le héron.

‘“ Le mieux à faire en cette occasion,

‘ Sans contredit, c’est changer de demeure.

‘ J'ai voyagé beaucoup dans ce pays

“ Et je sais un endroit tranquille ‘“ Où vous trouverez un asile

‘ Sans que jamais vous risquiez d’être pris.

‘ Allez-y, croyez-moi, décampezau plus vite.” [vous?..” —“ Décamper,.. mais comment ?.. De grâce, expliquez- —“ La chose est bien facile. Ecoutez: que de suite “ Poissons petitset grands abandonnent leurs trous.

‘ Avec mon bec, sur la surface,

‘ Je les saisirai tour à tour

‘ Pour les mener à l’autre place.

“N'est-ce pas clair comme le jour ?.… Les poissons, bonne gent, de lou sa finesse ; Ce fut alors à qui passerait le premier.

Le brave et bon héron riant de leur simplesse, Un à un les porta gaîment dans son vivier,

Et vécut assez vieux pour croquer le dernier.

Peuple ! si tu scrutais les avis qu’on te donne Tu pourrais voir le plus souvent La ruse et l'intérêt briller au premier rang :

Car en faux conseillers notre monde foisonne !..

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