‹ Fables [microforme]Chapitre 40 sur 65 · LA ROSE ET LE PAPILLON · texte numérisé non relu

LA ROSE ET LE PAPILLON

Un papillon coquet vit une fraîche rose Hier bouton encor, mais ce matin éclose ; Il l’aima.—‘Douce fleur ! lui dit-il à genoux, ‘ O reine des jardins que tu me paraïs belle ! ‘ Je t'aime, je t'adore ; aime-moi, jurons-nous

“ Dès ce moment une flamme éternelle.

“ Je ne veux vivre que pour toi ?....” —“ Et moi

‘“ Lui répondit la rose en soupirant de même ‘“ Gracieux papillon! je t'aime, oh oui, je t’aime! ‘ Et pour toi, nour toi seul sera tout mon amour...”

Mais le bonheur fatigue. Un matin le volage Délaisse son amante et va faire le page Graîment de fleur en fleur jusqu’au déclin du jour. —“ Ingrat! lui dit la rose, est-ce là cette flamme ‘ Que tu m'avais jurée, est-ce là ce volcan ‘“ D'amour impétueux et toujours renaissant ‘ Qui devait brûler dans ton âme ?...

‘ Eh quoi? perfide amant! sans penser à mes pleurs, ‘ Sans songer à ma peine, ‘“ Tu ne m'as pas plus tôt fait sentir ton haleine 4 Que tu voles déjà courtiser d’autres fleurs ?.. ‘# Infâme !.… je te hais... va-t-en !—‘ Rose coquette,

‘ Lui répondit le papillon, « Calmez-vous ; vos fureurs ne sont pas de saison. « Quel était ce zéphir qui vous contait fleurette “ En mon absence ?.… et puis que chantait ce frêlon “ Qui prenait avec vous des airs de compagnon ? “ Allez! ma pauvre fleur, vous me dites volage ‘ Mais vous l’êtes plus que le vent.

+ Une autre fois soyez plus sage « Et l’on sera moins inconstant.”

Si quelqu’une de vous, mesdames, S’offensait de cette leçon, Qu'elle parle!.. à genoux j’implorerai pardon ; Car je vous aime trop pour médire des femmes.

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