LES VOLEURS ET LE COQ
Dans un certain logis, en l’absence du maître, Des voleurs une nuit firent irruption.
Mercure les servait ; et nos coquins peut-être Jamais n'avaient rêvé si belle occasion.
Cependant, ô déception !
Après mainte fouille inutile Ils ne purent trouver qu’un pauvre coq débile Qu'ils prirent à défaut de plus riche butin :
‘ Ça! mes bons mess'eurs, je vous prie,
‘ Leur dit le captif en chemin, + Vous n’allez pas, j'espère, attenter à la vie ‘ D'un animal utile à tout le genre humain.
‘ De mourir je n’ai nulle envie. ‘ Je suis, vous le savez, ce chantre qui la nuit ‘ D’une voi: perçante et sonore ‘“ Annonce avec éclat le lever de l’aurore.
“ Grâce à moi, de Phébus aucun rayon ne luit ‘ Que déjà les mortels abandonnent leur somme...” —“ Ah! tu te crois utile à l’homme
‘“ Et tu prétends, chanteur naïf, “ Nous attendrir par ton mérite ?...
‘ C’est justement pour ce motif ‘“ Qu'on te fera bientôt chanter dans la marmite. ‘ Tu mourras, maudit coq! cause de nos malheurs, “ En lui tordant le col répondent les voleurs.
# Nous te donner la vie?.. à d’autres... pauvre hère ! ‘ Va chez Pluton servir de chantre et de portier, ‘“ Tu ne sers qu’à troubler notre noble métier !...”
Ce coq eut mieux fait de se taire.
Car a-t-on vu jamais le méchant généreux ?..
A quoi bon lui parler de vertu, d’innocence... Il s’en moque. Le mal est sa seule science, Le reste est un crime à ses yeux.