LE RAT DE VILLE ET LE RAT DES CHAN
Le rat de ville un jour alla voir dans les champs Un sien ami qui vivait solitaire Loin du bruit des cités.—”’ Salut ! mon vieux confrère, ‘ Tout en s’essuyant la paupière “ Lui dit le campagnard. Il y a bien longtemps ‘ Qu'on ne s’est pas revu. Que de fois en silence ‘ Ne vous ai-je accusé, peut-être bien à tort, “ De votre cruelle inconstance !..
‘“ Attendra-t-il que je sois mort, & Ce bon, ce cher ami d’enfance, —“ Me disais-je en plaignant mon sort,— & Pour visiter un frère, un ami véritable ?..
‘“ Mais enfin vous voilà! je suis heureux... parlons « Du passé, du présent... et mettons-nous à table...” —“ Cette hospitalité, mon cher, nous l’acceptons,
D'un ton haut et d’un air superbe Lui répondit le citadin Jetant en même temps un regard de dédain Sur le trou du rustique où croissait en paix l'herbe, Voilà le campagnard qui, pour fêter ce jour, Fait l’empressé, va, vient, et trotte, et saute, et court, Portant en un mot sur la nappe, Morceau par morceau, brin par brin, Tout son garde-manger ; du vieux lard, du raisin Et des noix pour dessert, en épiant sous cape
Si, sur le front hautain de son fier compagnon,
Un geste d’admiration Ne le remercîra du luxe qu’il étale.
On s’asseoit. L'autre rat, nouveau Sardanapale, Mange du bout des dents, ne trouve rien de bon, Tandis que son amphytrion Grignotte avec délice un morceau de lard rance. —“ Ami! lui dit enfin le trop superbe rat ‘“ En prenant un air C’importance, “ Vous me faites pitié! Ce brillant apparat ‘ Me montre clairement votre affreuse indigence, Vous vivotez en malheureux, ‘ Moi je regorge d’opulence...
“ Venez dans mon palais, vous serez plus heureux, ‘ Et bientôt vous verrez quelle énorme distance ‘ Nous sépare aujourd’hui tous deux.
‘“ Peut-on dans un taudis être plus misérable ?... ‘ Vous vivez, c’est bien vrai... mais êtes-vous certain ‘“ De pouvoir vivre encore demain ?..
‘ Si quelque maladie arrive et vous accable, ‘ Faute d’une main secourable “Seul ici vous mourrez de misère et de faim... ‘ Dans mon palais à moi, la table est toujours prête. ‘ Du matin jusqu’au soir et du soir au matin ‘“ Nous ne ferons rien qu’une fête...
‘“ Et je ne parle pas des superbes lambris, ‘ Et des moëlleux coussins, et des riches tapis... ‘ Et des mille flambeaux qui durant la nuit sombre ‘“ Etincellent dans l'ombre...
‘“ Et des plats succulents, tentateurs et sans nombre.
‘ Et puis encor des vins choisis...
“ Voyons, que pensez-vous d’une telle existence ?... ‘ On ne vit qu’une fois, hâtez-vous d’en jouir. “ Venez, dépêchons-nous, déjà la nuit s’avance ‘“ Il est pour moi temps de partir.” —“ Bon, excellent ami, votre récit me touche, ‘ J'en suis vraiment ravi, l’eau m’en vient à la bouche; ‘ Allons, courons,volons vers ces lieux enchanteurs...”? Nos rats partent d’un trot rapide.
En peu de temps les voyageurs Sont devant un logis d'apparence splendide.
Le citadin, par un certain détour, Conduit son compagnon dans un salon gothique Où gisaient les débris du festin de ce jour.
Là, sur un tapis magnifique Ils s'étendent tous deux. Les voilà donc mangeant Et festinant, et grignotant, Tour à tour se félicitant, L'un d’avoir arraché son frère à la misère, L'autre d’avoir suivi les conseils de son frère ; Quand, Hélas!—par malheur rien ne dure ici-bas,— Dans toute la maison roule un lourd bruit de pas Accompagné d’un grand fracas.
On ouvre à deux battants la porte de la salle ; Le citadin détale....
Son compagnon troublé, demi-mort de frayeur, Se blottit dans un coin. Cependant le bruit cesse; Mais le malheureux rat tremble encore de peur!
Vainement son ami le presse ÿ rester jusqu’au jour :—=‘ non, mon frère, merci,
‘ Lui répond-il, je pars !... je ne puis vivre ainsi. ‘ Là-bas, dans mon taudis, au-moins, je suis tranquille, ‘“ Aucun n’y vient troubler mes repas innocents. ‘ J'aime mieux, cent fois mieux, mon chenil dans les champs ‘“ Que votre beau palais au milieu de la ville ‘ Où vous êtes rongé de soucis, de tourments... ‘“ Eh! que me font à moi vos superbes largesses ?... ‘ Vos tapis de Turquie et vos coussins moëlleux ‘“ Vous rendent-ils plus heureux ?....
‘ Le bonheur est-il donc dans de vaines richesses ?.… ‘ Non, mon pauvre ami, non; la médiocrité ‘“ Peut seule nous donner de la félicité.
‘“ Je prendrai maintenant mon trou pour un Cocagne, ‘ Adieu ! frère, je m’en retourne à la campagne...”
XLIIT.
hamps LE CHAT ET LA CHAUVE-SOURIS. 4
S’agit-il de rompre un serment + Ou de commettre un maléfice,
Les fourbes savent aisément
Trouver un subtil argument
Le Pour motiver leur injustice.
Témoin l’exemple de ce chat : Fe d | gne, On l’avait pris au piége. Un rat t | 7 Sain et sauf l’en sortit ; pour payer ce service | 4
Maître Mitis ayant promis
De respecter toute sa vie E à 1 La nation rateuse et la gent son amie. à || Or, il prit un matin une chauve-souris : 4 ‘ Je t’épargnerais rat, mais oiseau je te croque,” Grommela le ruse matou. à Tout en faisant ce soliloque Li Le traître lui tordit le cou.