LA VIE HUMAINE
Une fois, du haut d’un nuage, Au milieu d’un petit ruisseau Vint tomber une goutte d’eau.
Hélas! que triste est mon partage !
Avant de périr s’écria La pauvre gouttelette.
Mais le ruisselet se moqua Des cris de la pauvrette :
A quoi bon s'occuper des misères d'autrui, Vraiment on aurait bien à faire ; Tout en pensant ces mots, l’indifférent aussi Vint à tomber dans la rivière : O ciel! qui l'aurait cru, dit-il en gémissant, Un ruisseau de ma taille Se voir anéantir aussi facilement Qu'un misérable brin de paille !
Le fleuve cependant continuait son cours,
—Trop hautain pour répondre, —emportant avec rage
Tout ce qui barrait son passage ; Mais voilà que la mer l’engouffre pour toujours, Lui, le grand fleuve aux nombreux tributaires Tout comme la goutte d’eau Et le ruisseau.
Homme ! reconnais-toi dans ces trois caractères. Tu n'es rien que la goutte en sortant du néant,
Le ruisselet te représente enfant ; Le fleuve, c’est bien toi: toi, dont l’âme inquiète
Roule mille projets, fruits de la vanité, Jusqu'à ce que la Mort t’arrête Aux portes de l’éternité !.…
pm 2m
LVIIT.