‹ Fables [microforme]Chapitre 58 sur 65 · LES DEUX LÉZARDS · texte numérisé non relu

LES DEUX LÉZARDS

Sur un mur caressé par la douce chaleur D'un soleil printannier réveillant la nature, Se promenaient à l’aventure En devisant avec ardeur Deux malheureux lézards sortis de leur torpeur. “ Hélas ! disait l’un d’eux, d’un accent pitoyable, ‘ Quelle triste condition !

‘“ Que notre sort est méprisable !

“ Nous vivons, voilà tout, Dans la création “ Nous n'avons aucun rang. La nature cruelle “ Fut injuste envers nous. Eh ! pourquoi, s’il vous plaît, “ Ne pourrions-nous voler ainsi que l’hirondelle ?... ‘“ Elle nous fait ramper, la marâtre qu’elle est !

“ Nous sommes cependant tous égaux devant elle.

‘“ N’a-t-on pas dit cent fois qu’ici-bas l’animal, ‘“ Même le plus petit de la nature entière, “ A ses droits au soleil, aux produits de la terre, ‘ Autant que l’homme, ce brutal

“ Qui tue et détruit tout! Souvent il nous écrase “ Sans motif, par plaisir... que dis-je! Ses enfants

‘ Portent déjà l’audace

‘ Jusqu'à suivre sa trace ‘“ Et nous faire souffrir mille et mille tourments. ‘“ Que ne suis-je né cerf ?.... d’une course légère

“ Je pourrais au moins me soustraire

le,

ous plaît, | Vos

le.

“ À ses nombreux affronts et souvent à la mort ?..” Notre lézard parlait encor Lorsqu'un cerf aux abois,-saignant de ses blessures Et couvert de morsures,- Vint à passer près d’eux, haletant, pantelant, Poursuivi par les chiens et la troupe bruyante Des chasseurs essoufflés l’un l’autre s’excitant A frapper le premier leur victime innocente.

—“ Eh bien! mon pauvre ami, répond l’autre lézard, “ Souhaitez-vous encor de posséder des ailes “ Ou d’être un cerf léger ?.... Croiriez-vous, par hazard, ‘ Que ce pauvre fuyard

“ Dont les chiens vont manger les dépouilles mortelles “ Ne voudrait comme nous se traîner sur les pieds ‘“ Plutot que d’être ainsi l’orgueil de nos forêts.

‘6 Ecoutez... l’hallali résonne,

‘ Voilà son chant de mort qui sonne, ‘ Il n’est plus !.... croyez-moi, pauvre ami, pensez mieux. “ Soyez content du sort et laissez là vos plaintes. ‘ Nul état n’est exempt de daugers ni de craintes. “ N’enviez pas autrui, vous vivrez plus heureux.

‘“ A quoi sert après tout l'envie ?...

‘ On n’en est pas plus riche; on souffre, on dépérit...

“ Enfin pour en finir, retenez bien ceci :

‘ Un cerf mort ne vaut pas un lézard plein de vie...”

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