LIVRE QUATHlf-lMK lyi
KUe était pleine de croyance ; Aussi les peuples la croyaient.
Quand elle parlait d'espérance, Tous les cœurs brisés espéraient.
Libre et fière de son empire, Au pouvoir d'un maître orgueilleux Elle ne vendait pas sa lyre...
Ueviens à nous, fille des cieuxl
fcj@i@5@^,^^@i?©s^
Eté ehetni»» efM M*éterin.
-oQc
C'était le temps de l'ardente croyance ; La foi naïve illuminait le cœur,
202 UVRK QUATHIÈMK.
Et plaçait près du voyageur,
A chaque heure , à chaque souffrance ,
Une espérance , Qne terreur.
A Saint-Jacques de Compostelle Se rendait un bon chevalier ; Près de lui chevauchait son écuyer fidèle ; On marchait en silence. Au détour d'un sentier, Passe un renard... Lui , n'allait pas prier A Saint-Jacques de Compostelle.
— (( Le superbe renard, et de taille vraiment ! Dit le maître. — Il est beau, seigneur, assurément , — Hépond notre écuyer ; mais j'en vis , je le jure , Dé robe bien plus belle, et d'une autre encolure; Un surtout... vrai prodige!... un renard monstrueu.x
Gros... comme un bœuf 1.. — La bizarre aventure ! Reprend le chevalier, qui paraît soucieux;
Pour le chasseur riche fourrure! »
Sur le versant d'un mont qu'on venait de gravir, Le maître se recueille , et d'une voix austère : « Préserve-nous, grand Dieu, du péché de mentir.
Car nous avons l'Èbre à franchir ! »
— Comment donc, monseigneur?... Pourquoi cette prière? Dit récuyer troublé. — Mon digne serviteur, Ne sais-tu pas que l'Èbre a la vertu très-grande
De submerger en ses flots tout menteur...
A moins pourtant qu'il ne s'amende ?. .. »
L'écuyer surpris ne dit mot ;
Il rêve , il médite , et bientôt :
«Monseigneur, ce renard... — Eh bien?.. — Cette merveille, Dont je vous ai décrit la taille sans pareille. Que j'ai cru, sur l'honneur, aussi gros qu'un taureau,
Il avait la taille... d'un veau. »
Des deux côtés nouveau silence;
Dans la verte plaine on avance :
« Monseigneur, voyez doncl.. Ce courant que voilà. . C'est l'Èbre assurément?... — Non, c'est la Noguéra.
— J'avais vraiment perdu la tête !
Je me suis trompé tout de bon...
Ce renard... c'était bien une admirable bête!
Sans doute, il était gros... mais... pas plus qu'un mouton
Le chevalier se tait ; l'on marche de plus belle ,
Et bientôt rivière nouvelle Se dessine et serpente à l'horizon lointain : — « Monseigneur, est-ce l'Èbre ?.. . — Oh ! oui, c'estl'Èbre e Répond le chevalier... — Monseigneur, il faut croire Que souvent quelque chose agit sur le regard,
Ou vient troubler notre mémoire ;
Car vous savez bien...., ce renard
Dont je vous ai conté l'histoire...
— Eh bien! encore... ce renard?...
— Avait la taille... d'un renard! »
LIMŒ QUATHIEMK. 205
O bienheureux pèlerinage !
O l'heureuse foi du vieil âge!
Ce brave écuyer, si menteur.
Avant le terme du voyage , Hetrouvait à jamais la droiture du cœur» En ces temps de ferveur si grande, La douce et naïve légende Conduisait Thomme par la main^ Et le repentant pèlerin Laissait un vice pour offrande Sur chaque pierre du chemin.
#>«» c'«rMf «Iv t\t Vitre
— jQo-
Un avare (Harpagon eût près de lui pâli) , Au milieu des trésors il vivait d'abstinence
5D8 LIVRE QUATKIÈMK.
Après avoir longtemps langui , Mourut d'un mal nouveau qui trompait, la science. On voulut en trouver la cause, et sans retard On fit ouvrir le corps par les maîtres de l'art.
De ce mal on cherche la trace ; ïl manquait au défunt un organe important^ Devinez, cher lecteur : le cœur était absent;
Un grand vide en tenait la place.
Sur ce fait meKellleux Ton discute bien fort ;
C'était un cas si singulier, si rare ! Lorsqu'un jour on trouva le cœur de notre avare.
Tout au fond de son coffre-fort,
Enfoui sous des monceaux d'or.
Ëje proeéa <fe« Chat» (']
-oQa
Deux chats volèrent un fromage, Et, ne pouvant s'entendre au sujet du partage ,
l'I : Iniilér dp lloberl Dodsley.
210 LIVRK QUATRIÉMK.
S'en remirent au jugement D'un singe expert et réputé savant:
Le singe accepte l'arbitrage ,
Et se met à l'œuvre à l'instant.
Pour procéder avec prudence ,
Il se procure une balance , Et, ne voulant juger qu'à des signes certains , Met une part dans chacun des bassins.
Voyant qu'un des plateaux l'emporte, Il avale un morceau de la part la plus forte.
Pour les réduire au même poids;
Mais la balance, cette fois ,
De l'autre côté fut penchée :
Pour rendre le partage égal , Sans hésiter, le juge impartial
Avale encore une bouchée.
« Un instant , dirent nos deux chats , S'alarmant de l'aspect que prenaient les débats ,